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Dans le grand nord du Congo-Brazzaville, là où la forêt humide referme ses voûtes sur les pistes, une ligne nouvelle vient d’être tracée. Le 25 février, à Impfondo, dans la Likouala, le coup de pelle inaugural du Corridor 13 a ouvert un chantier qui dépasse le seul ruban d’asphalte.

Une artère de 542 kilomètres dans le bassin forestier

Le tracé relie Pokola, près de la frontière centrafricaine, à Impfondo, en passant par Épéna. Au total, 542 kilomètres de route, complétés par 79 kilomètres de voiries urbaines dans les localités traversées.

Le calendrier annoncé s’étend sur quatre années de travaux. L’axe entend rapprocher Impfondo, dans la Likouala, d’Ouesso, dans la Sangha, en compressant des temps de parcours longtemps dictés par la densité de la canopée.

Le ministre Jean-Jacques Bouya y voit « le plus grand projet routier que le Congo réalisera, après la construction de la route lourde Pointe-Noire – Brazzaville ». L’ambition affichée engage durablement le territoire forestier.

Désenclaver une région tenue à l’écart

Pour les habitants du septentrion congolais, la distance a longtemps été une frontière intérieure. Le préfet Jean Pascal Koumba espère « lever l’obstruction de l’enclavement physique de la partie septentrionale de notre pays ».

La formule dit l’attente accumulée. Relier des villages dispersés dans le bassin forestier, c’est rapprocher les écoles, les soins et les marchés des familles qui vivent au rythme du fleuve et de la forêt.

Le désenclavement redessine ainsi la carte du quotidien autant que celle des routes. Mais ouvrir un massif aussi sensible suppose d’en mesurer chaque effet sur les milieux traversés.

Une route qui interroge l’équilibre des écosystèmes

Le bassin du Congo abrite l’une des dernières grandes forêts tropicales du monde. Y tracer une voie nouvelle, c’est offrir un accès inédit à des zones jusqu’ici protégées par leur seul isolement.

Les autorités ont fixé des vitesses plafonnées à 60 km/h en zone urbaine et 80 km/h en zone rurale. Cette prudence répond à la traversée de localités habitées comme de paysages forestiers fragiles.

La source consultée n’évoque ni dispositif de suivi environnemental ni mesure de protection de la faune le long du corridor. L’enjeu, pour cette forêt, sera d’accompagner la route sans rompre l’équilibre qu’elle traverse.

Des promesses économiques tournées vers la région

Les autorités attendent du corridor une baisse des coûts logistiques, pour les personnes comme pour les marchandises. En facilitant les échanges avec des voisins eux-mêmes enclavés, l’axe s’inscrit dans une logique d’intégration au sein de l’espace CEMAC.

Pour la Likouala, longtemps en marge des circuits commerciaux, cette ouverture pourrait soutenir une économie locale plus stable. Reste à savoir si elle profitera d’abord aux populations riveraines ou aux flux qui ne font que passer.

Un chantier confié à un partenaire chinois

La mise en œuvre repose sur un accord-cadre de coopération signé le 12 janvier 2026 avec la firme chinoise Yunan Construction Investment Group. Son directeur a confirmé l’engagement à respecter les délais annoncés pour l’ouvrage.

Le lancement s’est clos par un rituel de consécration mené par les autorités traditionnelles locales, avant un large rassemblement populaire venu accueillir le chef de l’État.

Cette cérémonie ancre l’infrastructure moderne dans la mémoire d’un territoire forestier. Reste l’essentiel pour ce coin de Likouala : qu’une route, au fil de ses 542 kilomètres, relie durablement les hommes sans défaire la forêt.

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