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Brazzaville célèbre une scène panafricaine renouvelée

Le Palais des congrès, cœur battant de la capitale congolaise, a résonné durant une semaine d’un foisonnement sonore où se mêlaient rumba, afro‐jazz, gospel urbain et expérimentations électroniques. Plus d’un millier d’artistes, venus de Kinshasa à Dakar en passant par Kigali, ont transformé les scènes de Kintélé, Mayanga et du centre‐ville en laboratoire créatif à ciel ouvert. S’il fallait une preuve supplémentaire de la vitalité musicale du continent, la 12ᵉ édition du Festival panafricain de musique l’a fournie par un dosage subtil entre héritage et avant‐garde. « Nous voulions montrer que les traditions ne sont pas antinomiques de la modernité, mais qu’elles en constituent le socle », assure la commissaire générale Lydie Pongault, saluant la présence d’ensembles de musique savante mêlant kora, sanza et synthétiseurs modulaires.

Un chef de l’État en première ligne de la diplomatie culturelle

La participation du président Denis Sassou Nguesso, tant à la cérémonie d’ouverture qu’à la clôture, représente un signal diplomatique fort. Dans l’assistance se côtoyaient chefs de mission, représentants d’organisations multilatérales et mécènes émergents, rappelant que la musique est ici instrument de soft power. La mise en scène symbolique d’un ballet où danseurs d’ethnies différentes passaient le flambeau à une même jeunesse incarnait la vision unitaire portée par le chef de l’État : faire de la diversité un capital politique. Plusieurs diplomates présents ont souligné « l’opportunité de coupler événements culturels et concertation régionale sur la libre circulation des artistes », à l’heure où la Zone de libre-échange continentale africaine cherche encore ses marqueurs identitaires.

Jeunesse et numérique, le nouveau couple stratégique

Le spectacle de clôture, sobrement intitulé « L’Année de la jeunesse », chorégraphié par Gervais Tomadiatunga, s’est inspiré de la décision présidentielle de dédier 2024 à la jeunesse congolaise. Sur scène, projections immersives et captations en temps réel ont rappelé que la génération connectée occupe désormais le cœur battant de l’économie créative. Dans un plaidoyer remarqué, le professeur Destiny Tchéhouali a rappelé que les industries culturelles et créatives pèsent plus de 3 100 milliards de dollars annuels, alors que l’Afrique n’en capte qu’une fraction. Son argumentaire, appelant à arrimer les conservatoires aux compétences numériques, a trouvé écho auprès des jeunes start-uppers brazzavillois, particulièrement attentifs aux modèles d’intelligence artificielle générative capables de valoriser des catalogues sonores en ligne.

Résilience budgétaire et alliances multilatérales

L’édition 2025 s’est tenue dans un contexte économique international encore contraint, mais le festival n’a pas cédé à la tentation du repli. Le soutien conjoint de l’UNESCO et de l’Organisation internationale de la Francophonie a permis de maintenir le symposium sur les enjeux économiques de la musique numérique, tandis que les autorités congolaises ont mutualisé logistique et communication avec plusieurs partenaires privés. La remise d’instruments traditionnels au Musée panafricain de la musique a illustré, selon le directeur de l’institution, « le continuum indispensable entre conservation patrimoniale et innovation scénique ». Les opérateurs télécoms locaux ont, de leur côté, testé une infrastructure 5G temporaire pour la diffusion en streaming haute définition des concerts, ouvrant la voie à de nouveaux relais de monétisation.

Vers une gouvernance créative des industries musicales

Au-delà de l’effervescence artistique, le Fespam 2025 consacre la montée en puissance d’une gouvernance continentale des industries musicales. Les tables rondes ont détaillé la nécessité d’harmoniser législations sur la propriété intellectuelle, de professionnaliser les circuits de distribution et de déployer des fonds souverains culturels. Pour le musicien angolais João Lima, « l’absence de données consolidées sur les redevances transfrontalières prive encore les artistes africains d’une rente légitime ». Le ministère congolais de l’Industrie culturelle entend apporter une réponse structurée en annonçant un guichet unique dédié aux exportations musicales, encouragé par les performances économiques prometteuses observées au Nigéria et en Afrique du Sud. Déjà, plusieurs start-up congolaises de fintech musicale négocient avec des plateformes globales pour garantir la traçabilité des flux financiers, preuve que le Fespam déborde désormais le simple cadre festif pour s’édifier en incubateur de politiques publiques innovantes.

Entre écho patrimonial et horizons prospectifs

Dans la cour du Palais des congrès, les derniers tambours d’Ondzombo Laisso se sont tus, mais l’onde sonore laissée par le festival résonne encore dans les diplomaties culturelles du continent. Les costumières françaises Sophie Ongaro et Laetitia Pasquet, invitées à concevoir des silhouettes métisses pour la soirée finale, saluent « une envOUTante plongée dans la richesse des textiles congolais ». Tandis que les artistes expriment le souhait d’une communication élargie et du retour du Musaf à son format originel, les organisateurs commencent déjà à plancher sur le calendrier 2027. Dans l’intervalle, la scène brazzavilloise capitalise sur cette séquence pour pousser plus avant le couple culture-numérique, offrant à la jeunesse congolaise un terrain d’expérimentation où le tambour ancestral dialogue désormais avec la blockchain.

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