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Odeurs de manioc rôti sur les rives de la Likouala

Le soir tombe sur Owando, et la fumée parfumée des braises guide les visiteurs vers la place du marché. Entre étals de gombo craquant et bottes de téké fraîchement cueilli, les Congolais redécouvrent un patrimoine culinaire trop longtemps éclipsé par les importations.

Festival alimentaire de Makoua : scène du terroir cuvette

Du 21 au 23 novembre, la cinquième édition du Festama a offert une mosaïque de recettes : bouillon de silure au nkui, chips de banane plantain au piment d’Owando, miel forestier mêlé de noix de cola. « Nous voulons prouver que tout est déjà là », résume Patrick Juvet Olebaka (23 novembre).

Sous le patronage de la préfète Emma Berthe Bassinga Nganzali, le festival s’étend désormais sur deux localités. L’initiative bénéficie pour la troisième fois du soutien financier de l’ambassadrice de France, Claire Bodonyi, saluée par les applaudissements d’un public conquis.

Jeunesse rurale, moteur d’une identité culinaire assumée

Autour des marmites, les bénévoles d’Ajamo troquent casquettes et paniers de manioc. « Consommer local, c’est protéger nos emplois et nos forêts », insiste Prisca, étudiante de Makoua qui anime un atelier de transformation du saka-saka. Les élèves venues des lycées d’Owando filment la scène pour leurs réseaux sociaux.

L’enjeu écologique derrière l’assiette

Acheter du riz thaï au supermarché nécessite des milliers de kilomètres de transport maritime. En remplaçant ce riz par le fonio cultivé à Mvoula, chaque famille divise par dix son empreinte carbone, selon une estimation partagée par l’ONG R-Congo Biodiversité. Moins de CO₂, plus de biodiversité, même combat.

Les défis d’un financement pérenne

Le succès populaire ne gomme pas la réalité budgétaire. « Le manioc pousse vite, l’argent moins », plaisante Olebaka. Le comité cherche des partenariats avec les hôtels d’Oyo et les compagnies fluviales pour diversifier ses recettes. L’idée d’une taxe volontaire sur les boissons importées fait son chemin.

Comment y aller

Depuis Brazzaville, un vol régulier atteint Owando en cinquante minutes. Les plus aventureux préfèrent la route nationale 2, traversant les clairières d’Okoyo et les collines de Boundji. Sur place, taxis-motos et pirogues assurent les derniers kilomètres vers Otende, cœur historique du festival.

À savoir

La saison sèche, de juillet à septembre, garantit routes praticables et abondance de maïs grillé. Les hébergements se réservent tôt : la petite ville ne compte qu’un hôtel trois-étoiles et quelques gîtes communautaires créés par des coopératives féminines. Munissez-vous de cash ; les terminaux électroniques restent rares.

Impact & solutions

Les ateliers de fermentation du manioc mettent en avant des souches de levures locales, réduisant la dépendance aux additifs importés. En parallèle, le lycée technique expérimente un séchoir solaire conçu avec l’Université Marien-Ngouabi. Ces innovations visent à prolonger la durée de conservation des produits, ouvrant la voie à une filière d’exportation régionale.

La sixième édition du Festama se déplacera vers Mvoula et Otala. Le format itinérant permettra d’impliquer chaque district, de cartographier les variétés endémiques et d’encourager la création de jardins scolaires. « Notre cuisine raconte notre forêt », conclut la cheffe Alima Mbogni, brandissant sa louche comme un étendard.

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