Un Code forestier à l’heure de l’inclusion
Adopté en 2020, le nouveau Code forestier congolais marque une étape décisive pour la gestion durable des 22 millions d’hectares boisés du pays. Il introduit des dispositions inédites sur la transparence, la traçabilité du bois et le partage équitable des bénéfices.
Mais le législateur avait renvoyé à des textes d’application le soin de préciser le mode d’accès à l’information forestière. Sans ces précisions, la participation réelle des communautés, et surtout des femmes, restait cantonnée au registre des vœux pieux.
Les femmes, actrices essentielles de la gouvernance
Dans les villages bordant la Sangha ou la Likouala, les femmes cultivent, cueillent et vendent des produits forestiers non ligneux qui assurent jusqu’à 80 % des revenus ménagers selon l’Ocdh. Les exclure des décisions reviendrait à ignorer la colonne vertébrale économique locale.
« Notre voix doit résonner au même titre que celle des techniciens », insiste Marie Odette Itango du Refadd. Son réseau fédère artisans, entrepreneures et cheffes traditionnelles décidées à peser sur la répartition des quotas de coupe, la mise en valeur des redevances et le suivi des concessions.
Accès à l’information, clé de voûte de la participation
Au cœur des débats figure la diffusion des cartes, inventaires et rapports d’audit environnemental. Sans ces données, impossible pour une agricultrice de savoir si sa parcelle bénéficie d’une servitude ou pour une commerçante d’anticiper l’ouverture d’une piste d’exploitation.
« On ne peut parler de participation sans information », rappelle la facilitatrice de gouvernance forestière Laurence Soh. Selon elle, partager en temps voulu les plans d’aménagement et les volumes extraits réduit les conflits, sécurise les droits d’usage et renforce la confiance envers les autorités.
Atelier de Brazzaville : le terrain des solutions
Pendant trois jours, la salle de conférence d’un hôtel du centre-ville a vu défiler juristes, leaders communautaires et chercheurs. Le cabinet mandaté par le ministère présentait son projet de décret tandis que la société civile pointait des failles sur la gratuité des données et les délais de publication.
Les participantes ont insisté pour que tout permis, avertissement ou sanction soit affiché dans les mairies, mais aussi diffusé via la radio rurale, unique média capté dans plusieurs districts. Une proposition saluée par l’assistance et désormais couchée noir sur blanc dans le rapport final.
Autre avancée : la création d’un guichet numérique public hébergé par l’Agence congolaise d’information géospatiale. Le portail donnera accès aux inventaires concession par concession et aux accords de partage des bénéfices, avec un module de saisie des plaintes directement relié au parquet vert.
Pour financer ces outils, le programme Forêt gouvernance marché et climat, soutenu par le FCDO, a confirmé une enveloppe complémentaire de 300 000 livres sterling. Les acteurs locaux, eux, s’engagent à fournir des relevés participatifs sur smartphones pour alimenter la base de données.
Impact & solutions
À terme, l’objectif est d’abaisser de 30 % les litiges fonciers recensés dans les zones forestières, d’après les projections croisées du Gtma et du ministère. La mesure devrait aussi faciliter l’obtention des crédits carbone, un marché naissant où la fiabilité des statistiques est déterminante.
Sur le terrain, le Refadd prévoit de former 500 femmes à la lecture des cartes et à la médiation d’ici fin 2024. Une première cohorte de 60 participantes sortira dès mars avec un kit composé d’un GPS portable et d’un manuel sur la législation.
À savoir
Le Congo-Brazzaville abrite la deuxième forêt tropicale dense du monde après l’Amazonie. Les forêts couvrent près de 65 % du territoire national et séquestrent chaque année plus de 500 millions de tonnes de carbone, selon les inventaires nationaux de référence.
Le Code forestier de 2020 s’aligne sur la Stratégie nationale de réduction des émissions issues de la déforestation et de la dégradation. Il intègre des principes de certification volontaire et promeut la transformation locale du bois afin de créer de la valeur ajoutée interne.
Comment y aller
Brazzaville est desservie quotidiennement par des vols réguliers depuis Pointe-Noire et plusieurs capitales régionales. Pour assister à un atelier ou rencontrer les réseaux féminins, il est conseillé de prévoir une semaine, incluant une visite du Parc national de la Conkouati pour mesurer l’enjeu forestier.
La saison sèche, de juin à septembre, offre des routes plus praticables vers la Likouala et la Sangha si l’on souhaite prolonger le séjour dans les communautés forestières. Les voyageurs sont invités à compenser leurs émissions via les mécanismes agréés par le ministère du Tourisme.





