Fima 2025 : un retour attendu à Pointe-Noire
Depuis sa création en 1996, le Festival international de musique et des arts a imposé Pointe-Noire comme place forte de la scène africaine. Sa douzième édition se déroulera du 12 au 14 septembre dans le quartier 418 Makayabou, symbole d’une vitalité urbaine en pleine mutation.
Organisé par l’ONG Mb Production, dirigée par le producteur Médard Mbongo, l’événement promet trois soirées gratuites rythmées par la rumba, le coupé-décalé et la musique tradi-moderne. Plus qu’un divertissement, le festival s’inscrit dans la stratégie nationale de valorisation des industries culturelles.
Un carrefour stratégique pour la diplomatie culturelle
Pour les observateurs, le Fima agit comme laboratoire de diplomatie culturelle en Afrique centrale. Il réunit artistes, entrepreneurs et représentants institutionnels, créant un espace d’échanges informels où les décideurs testent la portée symbolique du soft power congolais.
La présence récurrente de délégations étrangères, notamment d’Angola, du Gabon et de Côte d’Ivoire, nourrit cette dimension. Les concerts gratuits constituent un levier de cohésion sociale, tandis que les rencontres professionnelles facilitent la circulation des idées et des réseaux dans la sous-région.
La musique à l’heure du numérique : enjeux et défis
Le thème retenu cette année, « La musique à l’heure du numérique », répond à une double urgence. D’une part, la digitalisation bouscule les modèles économiques traditionnels; d’autre part, elle ouvre des perspectives inédites d’inclusion pour les scènes périphériques.
Tables rondes et masterclasses exploreront la monétisation en ligne, la propriété intellectuelle et l’intelligence artificielle appliquée à la création sonore. Selon l’UNESCO, 90 % des revenus du streaming proviennent aujourd’hui de dix pays; le festival entend questionner ce déséquilibre.
Impact socio-économique pour la capitale économique
Pointe-Noire, carrefour pétrolier et portuaire, diversifie son économie en s’appuyant sur la culture. Le Fima génère chaque année des retombées directes pour l’hôtellerie, le transport urbain et la restauration; l’édition 2023 avait mobilisé environ 800 emplois temporaires, d’après la mairie.
Les organisateurs prévoient une fréquentation de 25 000 personnes sur trois jours. Pour les autorités locales, cette affluence constitue un indicateur de confiance post-pandémie et un baromètre de l’attractivité territoriale. Les statistiques seront communiquées à l’Agence nationale de promotion des investissements.
Jeunes artistes et mobilité régionale
La programmation fait la part belle aux talents émergents. Treize artistes, dont la rappeuse Mami Wata et le chanteur folk Bissila, y donneront leur première performance solo. « Nous voulons un passage de témoin entre générations », explique Médard Mbongo.
Au-delà de la visibilité scénique, la logistique honorée par l’ONG comprend transport, hébergement et coaching numérique. Cette prise en charge favorise la mobilité régionale, enjeu majeur dans un espace CEEAC encore marqué par la rareté des vols intracontinentaux.
Gouvernance culturelle et partenariats
Le Fima bénéficie du soutien du ministère de la Culture, de la mairie de Pointe-Noire et d’entreprises privées du secteur extractif. Ce montage public-privé illustre la feuille de route gouvernementale visant 3 % du PIB pour les industries créatives d’ici 2030.
Plusieurs partenaires techniques, dont l’Organisation internationale de la Francophonie, proposeront des ateliers sur la gestion de carrière. « Nous voulons professionnaliser la chaîne de valeur, de la scène au streaming », résume un cadre du programme ACP-UE Culture.
Perspectives pour la filière musicale congolaise
Les débats attendus devraient aboutir à des recommandations en faveur d’un observatoire national des statistiques culturelles, outil indispensable au pilotage stratégique. L’idée, soutenue par des économistes de l’université Marien Ngouabi, vise à combler le déficit de données fiables.
La question de la rémunération équitable revient également sur la table. Les sociétés de gestion collective œuvrent à la modernisation de leurs systèmes tout en évoquant la nécessité d’accords bilatéraux de réciprocité pour capter les droits à l’étranger.
Dans un contexte où les plateformes numériques redessinent la cartographie musicale, le Fima se positionne comme catalyseur de solutions endogènes. La pérennité du festival consolide la confiance des bailleurs et contribue au rayonnement du Congo-Brazzaville sur la scène internationale.
En septembre, 418 Makayabou deviendra donc plus qu’un quartier festif ; il sera miroir des dynamiques régionales, démontrant qu’un événement musical peut conjuguer coopération, innovation et cohésion, tout en offrant une vitrine aux aspirations de la jeunesse congolaise.




