À Brazzaville, des défenseurs des droits humains et des spécialistes de la forêt ont relu, ligne à ligne, les textes censés donner vie au Code forestier congolais. Une mobilisation discrète, mais décisive pour l’avenir des massifs du bassin du Congo.
Six ans d’attente pour un code resté sur le papier
Adopté en 2020, le Code forestier de la République du Congo dort en partie dans les tiroirs. Plusieurs de ses articles dépendent de mesures d’exécution encore absentes, laissant un fossé entre l’ambition légale et la réalité du terrain forestier.
Ce décalage, la directrice exécutive de l’Observatoire congolais des droits de l’homme (Ocdh), Nina Cynthia Kiyindou Yombo, l’a placé au cœur de la rencontre. Pour elle, l’atelier devait précisément réduire l’écart entre le texte voté et son application concrète.
Le 7 avril, dans la capitale congolaise, les acteurs de la société civile se sont donc penchés sur les projets de textes d’application. Objectif : nourrir de propositions solides la session du Groupe de travail multi-acteurs, le Gtma, attendue dans les jours suivants.
Partage des bénéfices et concessions au cœur des débats
Loin des généralités, les participants ont disséqué les rouages les plus sensibles de la gestion forestière. Les mécanismes de partage des bénéfices ont retenu l’attention, tant ils conditionnent la place réservée aux communautés riveraines des forêts.
Les modalités d’attribution des concessions forestières figuraient aussi à l’ordre du jour. Derrière ces règles techniques se joue la transparence de l’exploitation, dans un pays où la forêt constitue à la fois un patrimoine vivant et une ressource économique convoitée.
Les dispositifs de suivi et de contrôle ont complété l’examen. Sans outils crédibles de vérification, rappellent les participants, les meilleures intentions législatives risquent de rester lettre morte une fois confrontées à l’immensité des massifs du bassin du Congo.
Une préparation jugée stratégique
Pour la société civile, rien ne devait être laissé au hasard avant l’échéance. Le chargé de suivi du programme Forêt, gouvernance, marchés et climat (Fgmc) de la Rencontre pour la paix et les droits de l’homme (Rpdh), Fabrice Séverin Kimpoutou, a insisté sur ce point.
Selon lui, cette démarche préparatoire est essentielle pour garantir une participation efficace et équilibrée des parties prenantes. Une manière de rappeler que la voix citoyenne ne pèse vraiment que si elle arrive armée d’arguments précis et concertés à la table des négociations.
Cette réunion préparatoire s’inscrit ainsi comme une étape stratégique du long chantier de la gouvernance forestière congolaise. Elle traduit la volonté d’une société civile organisée de peser sur des décisions qui engageront durablement les forêts du pays.
Le Gtma, prochaine étape vers une forêt mieux gouvernée
Prévue du 9 au 10 avril, la session du Gtma devait consolider les propositions issues de ces consultations. L’enjeu : accélérer l’adoption des textes d’application, considérés comme un levier indispensable d’une gestion durable et inclusive des ressources forestières.
L’atelier bénéficie de l’appui du Foreign, Commonwealth & Development Office britannique (Fcdo), dans le cadre du programme Fgmc. Un soutien international qui souligne l’attention portée à la forêt du bassin du Congo, deuxième poumon vert de la planète.
Au-delà des sigles et des procédures, c’est une certaine idée de la conservation qui s’esquisse à Brazzaville. Une conservation où les communautés, les juristes et les écologistes refusent de laisser les forêts se décider sans eux, loin de leurs vies quotidiennes.
Reste désormais à transformer ces contributions en règles applicables. La société civile congolaise, en affinant ses positions avant le Gtma, parie sur un principe simple : une loi forestière n’a de valeur que si elle protège réellement les arbres et ceux qui en vivent.
