Formation ciblée pour un écosystème inclusif
Huit semaines d’intense immersion pédagogique viennent d’achever la mue d’une première cohorte de cinquante porteuses de projets réunies à Brazzaville sous la bannière « Genius ». Porté par la Chambre nationale des femmes cheffes d’entreprises et entrepreneures du Congo, l’incubateur a livré des modules pointus : élaboration de business plan, ingénierie financière, marketing digital, comptabilité managériale. « Ces notions affûtent notre lecture du marché et sécurisent nos démarches de levée de fonds », confie Mélina Murielle Mpourou, gérante d’une jeune marque cosmétique. L’architecture curriculaire, inspirée des meilleures pratiques panafricaines, vise à réduire l’asymétrie d’information qui pèse traditionnellement sur les PME dirigées par des femmes dans la sous-région.
Au-delà de la transmission technique, Genius s’emploie à créer un capital social inédit. Chaque participante est adossée à un mentor issu du réseau Ecobank « Ellever », gage d’un accompagnement post-formation. Cette structuration de la communauté professionnelle féminine répond à une recommandation récurrente des études de la Banque africaine de développement : l’isolement entrepreneurial constitue un frein plus redoutable encore que le déficit de liquidités.
Alliance État-Pnud-privé : un triptyque stratégique
La cérémonie de remise d’attestations a été marquée par la signature d’un accord de partenariat entre la représentante résidente du Programme des Nations unies pour le développement, Adama Dian Barry, et la présidente de la Chambre, Flavie Lombo. Le Pnud apporte non seulement une subvention initiale, mais aussi un dispositif de suivi-évaluation aligné sur les Objectifs de développement durable. « Il s’agit de prendre les entrepreneures par la main et de documenter les indicateurs d’impact », souligne la diplomate onusienne.
Le gouvernement, par la voix de la ministre des Petites et Moyennes Entreprises, Jacqueline Lydia Mikolo, a rappelé que la promotion de l’entrepreneuriat féminin figure dans le Plan national de développement 2022-2026. En mobilisant des lignes budgétaires dédiées et des exonérations fiscales ciblées, l’exécutif entend accompagner mille femmes lors de cette phase pilote, sans se substituer aux mécanismes de marché. L’approche partenariale renforce ainsi la résilience du tissu productif, tout en préservant la soutenabilité des finances publiques.
Retombées économiques et sociales mesurables
Sur le plan macro-économique, l’Agence congolaise pour la promotion des investissements estime qu’une entreprise féminine correctement capitalisée crée en moyenne six emplois directs dans les vingt-quatre mois suivant son lancement. Transposé aux ambitions de Genius, le potentiel s’élève donc à quelque six mille postes, une contribution appréciable pour un pays dont le taux de chômage urbain frôle 20 %.
Les bénéfices sociétaux excèdent toutefois le seul indicateur de l’emploi. Les économistes du Centre d’études et de recherche sur le développement signalent que le revenu entrepreneurial féminin se répercute jusqu’à 90 % sur le bien-être domestique, notamment l’éducation et la santé infantiles. En consolidant ces flux, le programme participe à la diffusion d’un modèle de croissance inclusive, cohérent avec les engagements internationaux du Congo relatifs à l’égalité de genre.
Cap sur les territoires intérieurs
La dimension territoriale confère à Genius une singularité additionnelle. Dès août, l’incubateur s’installe à Oyo, dans le département de la Cuvette, avant de rayonner vers Pointe-Noire et Dolisie. Ce choix traduit la volonté de désengorger l’espace économique brazzavillois et de stimuler des bassins de production ruraux où les femmes, majoritaires dans l’agriculture vivrière, manquent encore d’accès structuré au crédit. Les autorités locales y voient une opportunité de densifier les chaînes de valeur agroalimentaires, en droite ligne des priorités gouvernementales de diversification hors hydrocarbures.
Vers une diplomatie de l’innovation par les femmes
Au-delà des frontières nationales, Genius s’apparente à un vecteur de soft power. Les succès attendus de ces cheffes d’entreprises nourriront l’image d’un Congo résolument tourné vers l’innovation inclusive. Déjà, des chambres consulaires d’Afrique centrale sollicitent un partage d’expérience, preuve que l’initiative s’inscrit dans le mouvement continental de financement responsable prôné par l’Union africaine.
L’équation paraît claire : en renforçant simultanément compétences, financement et réseaux, le programme s’installe dans la durée et consolide la trajectoire d’un capitalisme congolais plus diversifié. À terme, le déploiement complet de Genius pourrait servir de laboratoire à d’autres politiques publiques, où la rigueur de l’évaluation prime et où la femme entrepreneure cesse d’être une catégorie à part pour devenir un pilier du développement national.





