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Brazzaville veut une trésorerie plus agile

Sous les lampions d’un hôtel du centre-ville, le rapport semestriel de la Banque mondiale a crevé le silence comptable. Le document appelle à serrer les rangs autour d’une trésorerie plus réactive, capable d’absorber les chocs et de préparer les investissements de demain.

« La situation offre une fenêtre unique pour l’action », a insisté Cheik Fantamady Kanté, directeur pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Selon lui, mieux piloter la dette et les flux de liquidités garantit la continuité des projets sociaux sans alourdir la facture pour les générations futures.

La Banque mondiale mise sur le capital naturel

Le rapport, douzième du genre, embrasse un angle élargi : valoriser le capital humain, mais aussi celui que fournissent les rivières, la savane et les 22 millions d’hectares de forêts. « La richesse du Congo vit au-dessus et au-dessous du sol », souligne le document.

Pour concilier finances publiques et biodiversité, il recommande de diriger une part accrue des ressources vers la lutte contre l’érosion, les feux de brousse et l’exploitation illégale du bois, autant de plaies qui rognent les recettes locales et l’image du pays.

Forêts : de la dette aux dividendes verts

Les équipes de la Banque mondiale proposent des incitations fiscales pour l’agroforesterie et l’usinage local du bois. L’idée : transformer chaque grume exportée en planches, meubles et emplois, tout en reversant une partie des gains au remboursement de la dette.

Le ministère de l’Économie salue la piste. « Nous voulons que chaque hectare bien géré réduise nos engagements financiers et augmente notre capital social », confie un conseiller de Ludovic Ngatsé. Cette approche s’appuie sur des exemples réussis dans la Sangha et le Kouilou.

Éducation et santé, leviers durables

Près de 40 % du budget national devraient, selon le rapport, irriguer écoles, dispensaires et centres de formation technique. Ces dépenses pèsent sur la trésorerie, reconnaît Brazzaville, mais elles prépareront une main-d’œuvre adaptée aux filières hors pétrole.

La Banque mondiale note qu’une croissance non pétrolière de 11,2 % en trois ans ne s’est traduite que par 3,8 % d’emplois nouveaux. Doper l’employabilité passe par l’électricité en zone rurale et l’accès au crédit pour les jeunes pousses, rappellent les auteurs.

Impact & solutions

À court terme, le gouvernement veut consolider la collecte des recettes douanières, déjà en hausse, et réduire la part des hydrocarbures dans les finances publiques à moins de la moitié d’ici 2025. La Banque mondiale offre une assistance technique pour numériser le suivi budgétaire.

Sur le terrain, de petites scieries pilotes reboisent chaque parcelle exploitée, tandis que des coopératives féminines transforment les résidus en briquettes propres. Ces actions, modestes mais réplicables, démontrent comment des trésors verts peuvent alléger le service de la dette.

À savoir

Le Congo bénéficie du Partenariat pour la forêt du Bassin du Congo, qui prévoit 500 millions de dollars d’appuis conjoints d’ici 2030. Cet engagement vise à maintenir le taux de déforestation sous le seuil critique d’un pour cent par an.

La nouvelle stratégie nationale de gestion des finances publiques, attendue avant la fin de l’année, compte intégrer des indicateurs climat. Elle servira de feuille de route aux bailleurs pour aligner leurs prêts sur les objectifs de neutralité carbone.

Comment y aller

Les éco-parcs de la Sangha, où s’expérimentent l’agroforesterie pilotée par satellite, sont accessibles par avion jusqu’à Ouesso puis trois heures de piste. Des opérateurs locaux proposent des circuits d’observation de la canopée qui financent la surveillance communautaire des forêts.

Les voyageurs sont invités à compenser leurs émissions auprès du Fonds national pour le développement durable. Chaque contribution alimente des projets d’accès à l’eau et d’éclairage solaire dans les villages riverains, renforçant l’acceptation locale des efforts de conservation.

Un cap budgétaire à consolider

Ludovic Ngatsé rappelle que les recettes pétrolières représentaient près de 60 % des revenus en 2023 ; elles ne devraient plus compter que pour 49,6 % en 2025. Le gouvernement maintient son ambition : mobiliser d’autres rentes sans compromettre les acquis sociaux.

Le défi réside dans l’alignement du calendrier de remboursement de la dette et des saisons économiques. La Banque mondiale évoque la possibilité d’instruments flexibles liés au prix du carbone, capables de lisser les obligations en cas de chocs extérieurs.

Vers une trésorerie au service du climat

En clôturant la séance, Cheik Fantamady Kanté a salué « une convergence rare entre urgence budgétaire et impératif écologique ». Les discussions reprennent en novembre pour détailler feuille de route et indicateurs partagés.

Du contrôle des dépenses à la préservation des tourbières, le Congo esquisse ainsi un modèle où chaque franc économisé nourrit l’ambition climatique. Reste à maintenir l’élan et à faire de la trésorerie le premier outil de sauvegarde du patrimoine commun.

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