| Environnement

Mayoko, eldorado au goût amer

Au cœur des collines du Niari, Mayoko a longtemps cristallisé les rêves d’or. Les premières pépites cueillies dans les années 1990 faisaient miroiter emplois et modernité. Les restaurants affichaient complet, les motos neuves serpentaient les pistes, la ville respirait la fête.

Trois décennies plus tard, la ruée a un goût de poussière. Les puits béants quadrillent la savane, les diggers étrangers débarquent par camions, et les habitants évoquent un “eldorado maudit” où la prospérité se change en pénurie d’eau potable.

Pollutions invisibles, vies fragilisées

Le cyanure, l’acide ou le zinc, déversés sans retenue, ont infiltré la nappe phréatique. Les analyses communautaires révèlent des taux d’arsenic alarmants. Dans plusieurs quartiers, on fait bouillir l’eau trois fois plutôt qu’une, mais les toux sèches persistent.

Un éleveur laconique se souvient avoir retrouvé plus d’une dizaine de bœufs morts près d’un bassin de traitement. “Ils ont juste bu”, souffle-t-il. Les familles signalent aussi des poussées de dermatites et d’asthmes jamais observées auparavant.

Louetsi, la rivière menacée

La Louetsi serpente au pied des plateaux de fer avant de nourrir les villages riverains. Les paillettes d’or y étaient jadis tamisées à la batée. Désormais, des coulées laiteuses descendent des concessions et troublent la transparence légendaire du cours d’eau.

Les pêcheurs observent la disparition progressive des silures et des tilapias. Certains confient remettre leurs filets vides depuis six mois, un signe que la chaîne alimentaire bascule. Les experts redoutent une bioaccumulation durable de métaux lourds dans la faune aquatique.

La parole des villages

À Moungoundou-Nord comme à Mbinda, les assemblées coutumières débattent sous le fromager. Chacun rapporte la déforestation express opérée pour consolider les puits ou ériger des dortoirs. Mariama, 27 ans, regrette la cueillette des mangues : “les arbres tombent plus vite que les fruits mûrissent”.

Faute de moyens légaux, les villageois improvisent des barrages de fortune pour retarder les bulldozers. Les veillées s’achèvent souvent par un soupir : ils appellent à l’aide, mais redoutent d’entraver un secteur perçu comme stratégique pour l’économie nationale.

Surveillance et initiatives locales

En août dernier, la préfète du Niari a réuni les compagnies minières pour rappeler l’obligation de respecter normes et études d’impact. Les délégués ont promis de couvrir les bassins de cyanuration, de reboiser les talus et de fournir des kits médicaux aux dispensaires.

Sur le terrain, une jeune ONG, Forêts Sans Frontières, dresse un atlas participatif des zones dégradées. Munis de GPS, des étudiants cartographient les mares toxiques, puis publient les données en accès libre afin d’aiguiller les futures opérations de restauration.

Le laboratoire régional de Dolisie planche, lui, sur un kit de filtration domestique à base de charbon actif et de fibres de bananier. L’objectif est d’offrir une solution transitoire, en attendant une réhabilitation complète des forages publics.

Scientifiques à la rescousse

Une équipe de l’Université Marien-Ngouabi mène depuis février un suivi des invertébrés bio-indicateurs. La présence décroissante de nymphes d’éphémères confirme la perturbation chimique. Les chercheurs publient leurs relevés chaque trimestre pour aider les autorités à prioriser les zones critiques.

Le géologue Michel Mabiala souligne cependant que “le mal n’est pas irréversible”. Selon lui, une remise en état des sols argileux et un reboisement ciblé peuvent relancer la biodiversité en cinq ans, à condition d’interdire tout nouveau déversement toxique.

Comment y aller

Mayoko est accessible en train depuis Pointe-Noire, via la ligne CFCO qui serpente huit heures entre savane et forêts. Les taxis partagés assurent ensuite la liaison de la gare au centre, mais il faut s’annoncer aux autorités avant toute enquête de terrain.

À savoir

La saison sèche, de juin à septembre, limite les pluies et rend les pistes plus praticables. Cependant, la poussière soulevée par les camions peut être irritante ; un masque léger et une gourde filtrante figurent désormais dans la liste des indispensables.

Impact & solutions

Le constat est sévère, mais la mobilisation s’amorce. Les sociétés minières installent progressivement des fosses étanches pour recueillir les effluents. Une première livraison de 10 000 plants d’acajou a été réceptionnée pour reboiser les zones les plus dénudées.

Les coopératives féminines pressent les tailings pour extraire le sable encore riche, réduisant ainsi la dispersion des résidus. Elles transforment ensuite ce sable lavé en briques de construction, créant un revenu alternatif et diminuant l’exploitation d’argile vierge.

Enfin, un projet pilote de paiement pour services environnementaux, soutenu par la Banque de développement des États d’Afrique centrale, rémunère les propriétaires terriens qui laissent repousser la ripisylve. L’idée est simple : protéger la Louetsi, c’est préserver l’avenir de toute la région.

Comments are closed.