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Mossendjo montre la voie verte

Sous les grands palmiers qui bordent ses avenues, Mossendjo affiche des caniveaux presque vierges de détritus. L’impression frappe dès les premiers pas : pas un sachet plastique, pas une canette écrasée. La ville du Niari cultive une image de propreté rarement observée ailleurs dans le pays.

Les autorités municipales rappellent souvent qu’un caniveau engorgé finit par fracturer la chaussée et noyer les quartiers. « Chaque goutte doit retrouver le fleuve sans obstacles », explique un responsable technique rencontré devant l’hôtel de ville. Le message est relayé par les radios locales et les écoles.

Des caniveaux qui respirent

Ces ouvrages d’art, creusés parfois à même la latérite, canalisent les torrents de pluie tropicaux. Leur entretien régulier évite la stagnation d’eau et les moustiques vecteurs de maladies. En saison des pluies, l’eau s’engouffre, glisse et disparaît, laissant la chaussée intacte.

Les riverains savent que jeter un sac dans le drain revient à barrer leur propre sortie d’eau. « On préfère marcher jusqu’au bac à ordures plutôt que d’obstruer le passage », confie Mireille, commerçante au marché central. La peur des inondations demeure le meilleur argument.

Une mobilisation quotidienne

Chaque samedi, dès l’aube, des groupes de voisins se répartissent les râteaux. Cette corvée collective, baptisée « opération coup de balai », s’est muée en rite social. La mairie fournit parfois des gants et collecte ensuite les sacs poubelles.

Les établissements scolaires participent à des concours de propreté entre classes. Photos et récompenses à la clé, les élèves apprennent à distinguer les déchets recyclables. « Nous formons les éco-citoyens de demain », assure un directeur d’école primaire, heureux de montrer ses fossés impeccables.

Ce que dit la science des déchets

Selon les experts en hydrologie urbaine, un caniveau obstrué réduit de 80 % la capacité d’évacuation des eaux de ruissellement et augmente fortement l’érosion des routes. Les déchets transportés peuvent plus loin contaminer les cours d’eau et affecter la biodiversité.

Au Congo-Brazzaville, les villes produisent en moyenne 0,7 kg de déchets par habitant et par jour. Réduire ce flux à la source reste la première étape. Mossendjo limite l’usage des emballages plastiques grâce à la promotion de paniers en raphia et de sacs réutilisables.

Brazzaville, un défi à relever

À sept cents kilomètres au nord-est, la capitale connaît l’effet inverse : caniveaux comblés, rues inondées après chaque averse. De nombreux passants y voient pourtant un enseignement simple. « Si Mossendjo y arrive, pourquoi pas nous ? », interroge un taximan brazzavillois.

Les urbanistes plaident pour des campagnes similaires, mais adaptables à l’échelle métropolitaine. Des projets pilotes de nettoyage participatif émergent déjà dans certains arrondissements. Ils devront s’attaquer aux montagnes de plastique qui, à terme, menacent le fleuve Congo lui-même.

Comment y aller

Mossendjo est accessible par la route nationale 1 jusqu’à Dolisie, puis par la départementale qui longe les massifs forestiers du Niari. Les autocars assurent un départ quotidien depuis Brazzaville, comptez dix heures de trajet. La petite gare ferroviaire reçoit également un train hebdomadaire depuis Pointe-Noire.

À savoir

La saison des pluies s’étend d’octobre à mai. Préférez des chaussures étanches pour vos repérages photographiques. Le marché de la ville vend des fruits tropicaux de saison cultivés sans pesticides. Demandez la permission avant de photographier les riverains durant les opérations de nettoyage.

Impact & solutions

À Mossendjo, garder les caniveaux propres se traduit par moins de dépenses municipales en réparation routière. Les habitants y gagnent en santé et en mobilité. Reproduire ce modèle implique d’associer la collecte formelle des déchets, des campagnes d’éducation et un suivi technique régulier.

Des ONG locales proposent déjà des ateliers sur le tri et la valorisation des plastiques recyclés. La mise en place de petites unités de transformation pourrait créer des emplois verts. Pour Brazzaville comme pour d’autres villes, l’exemple mossendjois rappelle qu’une simple bonne habitude peut changer le visage d’une cité.

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