Au bord de l’Atlantique, une rencontre décisive
Sous la brise salée de la côte de Pointe-Noire, une trentaine de voix se sont mêlées les 9 et 10 octobre pour réfléchir à la protection des défenseurs de l’environnement.
L’initiative était portée par Global Participe, conduite par Yvan Kibangou Ngoy, et soutenue par International Global Witness, organisation réputée pour son plaidoyer mondial en faveur des écosystèmes.
Autour de la table, militants congolais, chercheurs, journalistes et invités connectés depuis Libreville, Luanda ou N’Djamena partageaient une conviction : le bassin du Congo mérite un bouclier humain aussi solide que sa canopée.
Un atelier sous le signe de la solidarité
Pendant deux jours, l’atelier a disséqué les objectifs du Réseau Lead, acronyme de « Leaders, Activistes et Défenseurs de l’environnement ».
Les participants ont d’abord listé les défis rencontrés sur le terrain : surveillance intrusive, lenteur judiciaire et, parfois, menaces directes contre les familles des lanceurs d’alerte.
« Nous ne cherchons pas la confrontation. Nous voulons des partenaires pour stimuler une gouvernance environnementale apaisée », a résumé Yvan Kibangou Ngoy entre deux sessions plénières.
Cartographie des menaces au cœur du bassin du Congo
Une carte murale, épinglée de punaises rouges, a rapidement capté l’attention : chaque point signalait une alerte recensée par la société civile au cours des douze derniers mois.
Abattage illégal dans le Kouilou, pollution pétrolière à Moanda, feux de savane prolongés près de Kintélé… Autant de lignes rouges dessinant un même constat : la pression s’intensifie sur les gardiens de la forêt.
Selon Global Witness, l’Afrique centrale compte parmi les régions où les agressions restent les moins documentées, faute de mécanismes d’alerte rapides.
Vers une plateforme sous-régionale reconnue
Au terme des échanges, une priorité s’est imposée : obtenir une reconnaissance légale pour une plateforme Lead couvrant les six pays de la CEEAC.
Cette structure permettrait de mutualiser les signalements, d’offrir une assistance juridique et de former les communautés à la gestion des données sensibles.
Les délégués ont proposé qu’un comité restreint élabore une feuille de route avant la prochaine COP climat afin de porter la voix des défenseurs dans les arènes multilatérales.
Paroles d’acteurs
La juriste Vanessa Mavoungou, spécialisée en droit de l’environnement, précise : « Un protocole clair sur la protection des témoins renforcera la confiance entre communautés, autorités et investisseurs responsables ».
Pour Aristide Mabiala, activiste de Nkayi, l’enjeu est aussi culturel : « Nos traditions voient la forêt comme un ancêtre. Quand elle recule, c’est notre identité qui s’effrite ».
La représentante de Global Witness, connectée depuis Londres, a salué « l’exemplarité d’une société civile congolaise désireuse de coopérer avec les institutions publiques pour une économie verte inclusive ».
Comment y aller
Pointe-Noire est accessible par vol international via l’aéroport Agostinho-Neto puis vingt minutes de taxi jusqu’au centre-ville où se tiennent la plupart des réunions ONG.
La saison sèche, de juin à septembre, offre des conditions routières plus stables pour rallier les localités forestières alentour.
Les voyageurs sont invités à se munir d’autorisations photographiques lorsqu’ils souhaitent documenter des concessions privées.
À savoir
Le Congo-Brazzaville a ratifié l’Accord de Paris en 2015 et intégré dans ses contributions déterminées une mention spécifique sur la protection des écosystèmes.
Les sessions Lead s’appuient sur des modules de formation approuvés par la Commission des forêts d’Afrique centrale, garantissant une cohérence régionale.
Toute documentation sensible collectée par les défenseurs est cryptée et stockée sur des serveurs sécurisés situés hors zone de risque.
Impact & solutions
Le réseau projeté ambitionne d’accompagner vingt dossiers juridiques prioritaires dès sa première année d’existence, en favorisant la médiation avant la procédure.
Il entend également déployer un système d’alertes SMS chiffrées pour prévenir les ONG partenaires lorsqu’un défenseur se trouve menacé.
Enfin, un fonds de solidarité, alimenté par des mécènes privés et des agences internationales, sera dédié aux frais médicaux et au relogement temporaire des familles exposées.
Un souffle optimiste pour le bassin
Si les défis demeurent, l’atelier de Pointe-Noire aura confirmé qu’une mobilisation collective peut transformer les inquiétudes en synergies constructives.
En fédérant experts, pouvoirs publics et acteurs locaux, l’initiative Lead trace un chemin pragmatique vers la reconnaissance pleine et entière des gardiens de la biodiversité.
Ce frémissement de solidarité rappelle que protéger ceux qui défendent la nature, c’est aussi investir dans la résilience climatique et sociale du bassin du Congo.




