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Un projet énergique au cœur du Niari

A Mossendjo, cinquième cité du Congo, les engins agricoles comme les véhicules personnels partagent une même inquiétude : trouver du carburant. L’annonce, par TotalEnergies EP Congo, de la mise en service d’une station moderne ravive un espoir longtemps contenu parmi les 13 000 habitants.

Le chantier, conduit par la société Man Meker, atteint sa phase terminale. « Nous peaufinons les derniers réglages, ouverture dans trente jours », précise le chef des travaux Thaman Loemba. La station comprendra, outre les pompes, une boutique et un bar pour renforcer l’attractivité du site.

Réduire la vulnérabilité logistique

Aujourd’hui, les automobilistes parcourent près de 187 km jusqu’à Dolisie pour remplir un réservoir. Cette dépendance crée un risque logistique majeur : à la moindre rupture, les activités économiques locales se grippent, du transport de bois à l’acheminement des denrées périssables.

Le retour d’une pompe à Mossendjo doit donc réintégrer la ville dans les circuits réguliers d’approvisionnement. Les spécialistes de la logistique pétrolière estiment qu’un point de vente fixe réduit de moitié les coûts indirects liés aux transports improvisés et aux files d’attente chroniques.

Impacts socio-économiques attendus

En sociologie du développement, l’accès sécurisé à l’énergie est considéré comme un levier primordial de cohésion. Jusqu’à vingt emplois directs seront créés sur le site, tandis que plusieurs dizaines d’emplois induits sont projetés dans le commerce, la maintenance mécanique et la restauration périphérique.

Pour le maire Pierre Mabiala, rencontré lors d’une visite technique, « la station va densifier la trame urbaine et stimuler la fiscalité locale ». Les recettes issues des taxes sur le carburant permettront, selon lui, de financer l’éclairage public et l’entretien des routes secondaires.

Le casse-tête des « Kadhafi » et de l’informel

En l’absence de structure formelle, un marché parallèle, animé par les vendeurs surnommés « Kadhafi », s’est installé depuis la dissolution d’Hydro Congo en 2002. Ces revendeurs, dépourvus d’équipement de protection, manipulent l’essence en bidons, exposant la population à des risques d’incendies et d’intoxications.

L’arrivée d’un point de vente agréé pourrait assécher progressivement ce commerce informel. Les économistes rappellent toutefois qu’une transition inclusive est souhaitable pour éviter de précariser les jeunes qui vivent de cette activité, souvent dernière alternative à un marché du travail sous tension.

Ainsi, le préfet du Niari envisage des ateliers de reconversion en partenariats public-privé, ciblant la distribution légale de lubrifiants ou la création de micro-services de lavage. Cette démarche s’inscrit dans la politique de lutte contre l’économie informelle, renforcée par le Plan national de développement.

Normes, sécurité et environnement

La société Man Meker affirme respecter les exigences de la Commission nationale d’évaluation environnementale. Les cuves à double paroi, dotées de détecteurs de fuite, doivent prévenir les infiltrations dans la nappe phréatique. Des bornes anti-déflagration et un dispositif d’évacuation des eaux hydrocarbonées complètent la sécurité.

Sur place, le reporter a observé la signalétique de prévention et les voies d’accès dégagées. Selon l’ingénieur Hélène Kimbouala, experte en risques industriels, « ces éléments réduisent significativement l’exposition des riverains ». Les autorités locales misent sur la pédagogie pour diffuser la culture de la sécurité.

Perspectives pour le réseau national

L’implantation de Mossendjo s’insère dans la stratégie d’expansion de TotalEnergies EP Congo, qui vise à renforcer la capillarité de son réseau vers les zones périphériques. Douze nouvelles stations, principalement au nord et dans le Pool, seraient à l’étude, selon un cadre de l’entreprise.

Pour les autorités, cette dynamique complète les politiques nationales de désenclavement énergétique. Le ministère des Hydrocarbures rappelle que la part des localités disposant d’une station est passée de 42 % en 2015 à 56 % en 2022, un indicateur suivi par les bailleurs internationaux.

Les premiers retours d’expérience seront donc scrutés. Si les volumes distribués à Mossendjo atteignent l’objectif de 600 000 litres annuels, le modèle pourrait être répliqué dans les agglomérations forestières, notamment Makabana et Mayoko, où la demande reste freinée par l’absence d’infrastructures homologuées.

Une dynamique conforme aux orientations publiques

Dans le cadre du Programme national de développement 2022-2026, le gouvernement entend promouvoir un accès équitable aux produits pétroliers, facteur de compétitivité territoriale. L’effort concourt aussi à la lutte contre la pauvreté énergétique, inscrite parmi les cibles de l’Objectif de développement durable 7.

Les partenaires techniques, dont la Banque africaine de développement, encouragent cette approche d’équilibre spatial. Dans ses récentes analyses, l’institution souligne le rôle catalytique des infrastructures énergétiques pour soutenir l’industrialisation naissante, particulièrement dans la transformation du bois et l’agro-industrie qui structurent l’économie du Niari.

À terme, l’inauguration attendue devrait symboliser le passage d’un approvisionnement d’opportunité à une distribution régulée. Pour les habitants, il s’agira moins d’un luxe que d’un droit social enfin matérialisé : celui de la mobilité, condition première de la participation citoyenne et du progrès économique.

La routine quotidienne devrait donc changer : les taxis ne feront plus de longs détours pour s’approvisionner, les agriculteurs mécanisés sécuriseront leurs calendriers, et les ménages pourront improviser des déplacements sans redouter la panne sèche. Autant de signes annonciateurs d’une centralité renforcée pour Mossendjo.

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