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La série d’effractions au cœur du Niari

Au petit matin du 21 août, les personnels du Collège d’Enseignement Général Pierre Lountala ont découvert des portes fracturées, des tiroirs renversés et des dossiers éparpillés. L’attaque, déroulée en pleine nuit, prolonge une série d’intrusions déjà signalées dans deux autres établissements publics de Dolisie.

En l’espace d’une semaine, le CEG Hammar puis le CEG de l’Unité ont connu un scénario similaire : effraction nocturne, fouille méthodique des bureaux administratifs, mais aucun objet substantiel emporté. Le phénomène intrigue les éducateurs, interroge les enquêteurs et réactive le débat sur la sécurisation des écoles.

Dans le Niari, capitale autoproclamée de “l’or vert”, ces actes viennent ternir l’image d’une cité dynamique. Les statistiques locales, pourtant en recul sur les cambriolages de commerces, semblent indiquer un déplacement vers des cibles symboliques, telles que les établissements scolaires, moins protégés la nuit.

Un mobile encore nébuleux pour les enquêteurs

« Ils n’ont même pas pris les ordinateurs », relève le commissaire divisionnaire Clément Mavoungou, joint par notre rédaction. Pour la police judiciaire, l’absence de butin interroge sur la rationalité criminelle : intimidation, repérage, ou tentative d’effacement de documents sensibles restent des hypothèses ouvertes.

Les enquêteurs écartent pour l’heure la piste d’une vengeance interne, faute de revendication claire. Le procureur près le tribunal de grande instance de Dolisie a ordonné un relevé systématique d’empreintes et d’ADN pour comparer avec les séries de vols recensés dans la périphérie ferroviaire.

Selon une source judiciaire, les coupe-circuits retrouvés sur place révèlent une certaine maîtrise technique, éloignant l’idée d’un simple acte de vandalisme adolescent. Cependant, aucun élément ne pointe vers des réseaux organisés spécialisés dans le recel de matériel scolaire, habituellement actifs dans la région frontalière.

Facteurs socio-économiques et tissus urbains

La géographe Francine Bouya rappelle que Dolisie reste une ville-carrefour où les flux économiques attirent autant les entrepreneurs que les marginaux. La fermeture d’usines forestières ces dernières années aurait précarisé des centaines de familles, créant un vivier de jeunes en quête de revenus alternatifs.

Le sociologue Jean-Baptiste Okoua nuance : « La délinquance d’opportunité progresse surtout là où la surveillance collective fait défaut. » Selon lui, l’absence de clôture autour du CEG Pierre Lountala matérialise cette faille, mais n’explique pas entièrement l’inquiétante absence d’actes de pillage.

Pour plusieurs ONG locales, la densification du quartier Tahiti, marquée par un habitat parfois informel, complique les patrouilles nocturnes. Le bruit permanent des ateliers de sciage et des bistrots musicaux crée un écran sonore propice aux intrusions discrètes dans les enceintes éducatives.

Dispositifs de prévention et réponses officielles

Le ministère de l’Enseignement général envisage l’installation progressive de gardiennats communautaires, financés par un fonds d’intervention scolaire. « La priorité est d’assurer un climat propice à l’étude », note la directrice départementale, Émilienne Goma, évoquant des partenariats avec les comités de parents d’élèves.

Parallèlement, le commandement de la gendarmerie annonce un renforcement du dispositif “École sûre”, avec des rondes ciblées dans les secteurs périphériques. Les effectifs affectés devraient doubler à la rentrée, tandis que des séances de sensibilisation aux risques d’effraction seront animées par des officiers formateurs.

Des observateurs saluent l’effort budgétaire mais soulignent que l’enjeu dépasse la simple surveillance. La standardisation des systèmes d’archives numériques, le marquage des équipements et la formation du personnel à la gestion de crise figurent parmi les recommandations du Conseil national de sécurité intérieure.

Impacts psychologiques sur la communauté scolaire

Au CEG Pierre Lountala, l’angoisse latente traverse couloirs et cours. Pour la cadre d’éducation Sylvie Mabika, les élèves vivront mieux la rentrée si une communication transparente est amorcée. Elle préconise des ateliers de discussion encadrés par des psychologues scolaires du district.

Une enquête nationale de 2022 sur la violence scolaire avait montré que les épisodes d’intrusion, même sans vol, réduisent de 12 % la capacité de concentration des collégiens durant le trimestre suivant. Les spécialistes insistent donc sur la reconstruction rapide du sentiment de sécurité collective.

Au-delà de l’émotion, plusieurs enseignants y voient une opportunité pédagogique : introduire des modules de citoyenneté active et de prévention. « Comprendre les causes sociales d’un acte délictueux permet de désamorcer la stigmatisation », affirme le professeur de sciences sociales Bernard Tsimba, favorable à cette approche critique.

Vers une citoyenneté vigilante et inclusive

Dolisie reste attachée à son statut de pôle éducatif régional. Les autorités municipales, sous l’impulsion du maire Clotaire Ngatsé, envisagent un comité de veille participatif réunissant enseignants, parents, chefs de quartier et forces de l’ordre afin de mutualiser informations et responsabilités sécuritaires.

Cette démarche, inscrite dans la stratégie nationale de prévention de la délinquance, mise sur la convivialité congolaise pour instaurer une vigilance de proximité. L’enjeu, rappellent les analystes, n’est pas seulement de protéger des locaux, mais de consolider la confiance indispensable à la réussite éducative.

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