Feuille de route nationale revisitée
Dans une salle lumineuse du centre-ville de Brazzaville, économistes, climatologues et planificateurs passent au crible la NDC 3.0 du Congo. Pendant deux jours, chaque tableau Excel se transforme en boussole destinée à guider la transition écologique nationale.
« Ce document est notre clé vers un avenir viable », insiste la ministre de l’Environnement Arlette Soudan-Nonault en ouvrant les travaux. Son ministère coordonne la consultation qui doit valider le deuxième draft avant l’envoi à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.
L’exercice est avant tout participatif : ministères sectoriels, entreprises d’État, ONG et chercheurs testent la robustesse des chiffres et la cohérence des pistes d’action. L’enjeu est de faire de la contribution climatique un outil partagé, pas un simple rapport administratif.
Objectif carbone 2035
Le cœur du texte affiche une ambition chiffrée : séquestrer 47,8 % d’émissions nettes d’ici 2035. Forêts du bassin Congo, mangroves atlantiques et tourbières profondes deviennent les principaux alliés de cet objectif.
Les experts soulignent qu’un tel pourcentage repose sur la protection stricte des écosystèmes à haute valeur de carbone et sur la restauration de deux millions d’hectares de paysages dégradés. « Nous avons la chance de stocker plus que nous n’émettons », rappelle le forestier Jean-Baptiste Mouanga.
La NDC table aussi sur des gains d’efficacité dans le transport urbain, la modernisation des cimenteries et la généralisation des foyers améliorés dans les zones rurales. Chaque kilowatt-heure économisé est compté dans le tableau d’atténuation.
Financements verts en ligne de mire
Pour concrétiser le plan, le Congo évalue ses besoins à 8,92 milliards $ sur la période 2025-2035. Plus de 80 % devraient être mobilisés auprès de fonds internationaux, du Mécanisme forêt-carbone au Fonds vert pour le climat.
Arlette Soudan-Nonault rappelle que ces ressources représentent « la contrepartie du service rendu à la planète ». Les partenaires bilatéraux présents dans la salle acquiescent : sans préservation du massif forestier, l’atteinte de la neutralité carbone mondiale en 2050 serait compromise.
Le document propose un cadre de suivi transparent pour rassurer bailleurs et investisseurs. Objectif : publier chaque année un rapport numérique, géolocalisé, sur les réductions réellement observées.
Voix des partenaires internationaux
Fatoumata Barry Marega, représentante de l’UNESCO et porte-parole du système onusien, salue « la clarté des priorités sectorielles ». Selon elle, la réussite dépendra d’une communication active pour embarquer collectivités, chefferies traditionnelles et secteur privé.
Mohamed Boussaïd, directeur Afrique chez Nemac Partnership, plaide pour que la NDC devienne « la référence de toute action publique, des routes aux écoles ». Son intervention rappelle qu’un texte ambitieux ne vaut que s’il est approprié par les territoires.
Les ONG locales, de leur côté, demandent un chapitre sur le genre et l’emploi vert, estimant que la transition doit créer des débouchés pour la jeunesse diplômée. Les rédacteurs prennent note.
Comment y aller
Brazzaville est desservie par l’aéroport international Maya-Maya, relié quotidiennement à Pointe-Noire et aux principaux hubs africains. Des taxis officiels conduisent au centre-ville en vingt minutes. Les ateliers se tiennent généralement au Centre de conférences de Kintélé, accessible par la route nationale 2.
À savoir
La saison des pluies, d’octobre à mai, peut perturber les déplacements routiers vers les sites forestiers. Les visiteurs doivent se munir d’un carnet de vaccination validé par l’OMS. Le visa d’entrée s’obtient en ligne en trois jours ouvrés.
Impact & solutions
Si la NDC 3.0 est pleinement financée, elle pourrait éviter l’émission de plus de 200 millions de tonnes de CO₂ cumulées. Les investissements dans les énergies renouvelables devraient porter la part du solaire et de l’hydroélectricité à 70 % du mix national en dix ans.
Les textes prévoient aussi un fonds national de résilience destiné aux communautés riveraines des parcs, alimenté par 2 % des recettes issues des marchés carbone. Ce mécanisme veut lier conservation, développement local et justice climatique.
Cap sur la neutralité 2050
Avant de lever la séance, la ministre rappelle que le contenu engage la République du Congo tout entière. Les dernières virgules seront ajustées, puis le document prendra la route numérique de Bonn, siège du secrétariat de la CCNUCC.
« Nous devons montrer que nos forêts ne sont pas seulement un patrimoine, mais un levier de solutions planétaires », conclut-elle. Le compte à rebours est lancé : après la validation nationale, chaque ministère devra décliner la feuille de route en plans d’action budgétés.
Au-delà des chiffres, la NDC 3.0 marque une étape symbolique : celle d’un pays forestier qui se voit désormais en architecte d’un futur bas-carbone, résilient et inclusif. Le chemin est tracé, reste à le parcourir.





