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L’espoir remonte la côte

À l’aube, les pirogues colorées glissent encore sur la houle de Pointe-Noire. Les pêcheurs ramènent des vivaneaux argentés, mais leurs visages trahissent la fatigue d’un littoral saturé. Dans leur dos, des grues dressent déjà la silhouette du futur port de pêche, promesse d’air frais.

L’infrastructure, en cours d’élévation dans la zone d’extension du Port Autonome de Pointe-Noire, doit ouvrir la voie à une filière halieutique modernisée. Bateaux, quais, chambre froide et marché couvert seront mis au service d’une pêche plus sûre et moins gaspilleuse.

Un chantier financé à l’international

Financé par l’Union européenne et l’Agence française de développement à hauteur de plusieurs milliards de francs CFA, le chantier associe également une contrepartie du Papn. Cette architecture financière intégrale garantit que le budget reste disponible jusqu’à la mise à l’eau finale prévue début 2026.

« Nous sommes ravis de voir que les travaux sont bien avancés et respectent les normes environnementales et sociales », confie Carine Villemagne Kros, coordinatrice Congo auprès de la Commission européenne, lors d’une visite d’inspection éclair. Ses mots résonnent comme un quitus rare dans la région.

Le directeur général du Papn, Séraphin Balhat, se montre tout aussi confiant. « Nous avons bouclé le financement ; le port sera livré au premier trimestre 2026 », insiste-t-il en scrutant les blocs de béton qui s’empilent. L’engagement local évite la crainte d’un chantier orphelin.

Standards verts et économie bleue

Au-delà des chiffres, le port s’impose comme laboratoire de la pêche durable. Les quais seront équipés de bacs de récupération des hydrocarbures, les eaux de cale passeront par une station de traitement, et un système photovoltaïque alimentera l’éclairage nocturne afin de limiter les émissions.

La chaîne du froid, talon d’Achille actuel, sera prolongée jusqu’aux marchés municipaux. Un réseau de glacières solaires permettra de conserver le poisson plus de 48 heures sans groupe électrogène. Les pertes post-capture, aujourd’hui estimées à 30 %, pourraient ainsi chuter sous la barre des dix pour cent.

Voix de terrain

Derrière la technique, les femmes mareyeuses voient déjà leurs perspectives évoluer. Moins de temps passé à écouler un produit qui se dégrade, plus de temps pour se former ou négocier de meilleurs prix. « Ce port va sécuriser nos revenus », confie Julienne, vendeuse au marché de Loandjili.

Le site pourrait également attirer les voyageurs responsables en quête d’authenticité. Au programme, visite guidée des quais, dégustation de poissons fumés et initiation à la réparation de filets. Un bassin de petite plaisance ouvrira la porte à la randonnée côtière en kayak et aux séjours photographiques.

Lumière sur la recherche

Des chercheurs de l’Université Marien-Ngouabi planchent déjà sur des capteurs pour mesurer la qualité des eaux à la sortie du port. Les données, partagées en open access, alimenteront les programmes de gestion intégrée du littoral et conforteront la transparence exigée par les bailleurs internationaux.

Comment y aller

Depuis le centre-ville, une route récemment réhabilitée longe l’océan jusqu’au chantier, accessible en taxi collectif ou à vélo en moins d’une heure. Les visiteurs doivent se présenter avant 15 h et porter des chaussures fermées ; l’accès reste gratuit sur inscription.

À savoir

Le port occupera seize hectares gagnés sur la mer. Le tirant d’eau de huit mètres accueillera des chalutiers modernes mais limitera l’accès aux navires industriels étrangers, protégeant la ressource locale. Le chantier mobilise 400 emplois directs, dont 60 % de techniciens congolais.

Impact & solutions

Selon les projections, la production débarquée pourrait doubler pour atteindre 60 000 tonnes par an, couvrant 80 % des besoins nationaux en poisson frais. Les autorités prévoient d’adosser une unité de valorisation des déchets, transformés en farine pour l’aquaculture et en compost urbain.

Au-delà du chiffre d’affaires, c’est une nouvelle relation avec l’océan qui se dessine pour Pointe-Noire. Si le calendrier est tenu, le port de pêche deviendra une vitrine de la croissance bleue au Congo et un laboratoire d’initiatives réplicables dans tout le Golfe de Guinée.

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