Un chantier attendu sur le fleuve Congo
Chaque saison de crue, les baleinières s’agglutinent aux quais vieillissants de Yoro, véritable porte d’entrée de Brazzaville. Le 9 septembre, les autorités ont posé la première pierre administrative d’une réhabilitation espérée depuis plus de dix ans.
Devant des soumissionnaires venus de Kinshasa, Douala et Pointe-Noire, le directeur de cabinet du ministère de l’Économie fluviale, Évariste Miakakarila, a détaillé un marché en mode « conception-construction » pensé pour aller vite tout en respectant le fleuve.
De la pagaille à la performance verte
Le projet promet cinquante mètres de quai supplémentaires, un drainage repensé et une zone de relâche pour les pirogues taxis. Les camions, aujourd’hui coincés sur un terre-plein poussiéreux, disposeront d’accès routiers bitumés et éclairés à l’énergie solaire.
« Nous voulons un port plus sûr, plus propre, capable de traiter 500 000 tonnes par an », affirme Benoît Ngayou, coordonnateur du PRACAC, en rappelant que la saturation actuelle freine le commerce de produits vivriers vers la capitale.
Un corridor vital pour l’intégration régionale
Au-delà des quais, c’est tout l’axe Pointe-Noire-Brazzaville-Bangui qui se voit rajeuni. La République centrafricaine, partenaire du projet, table sur une baisse des coûts logistiques de 30 %. Des études évoquent déjà des extensions vers le Cameroun et le Tchad.
Pour les économistes du Port autonome de Brazzaville, la réhabilitation réduira la dépendance aux routes, souvent coupées durant la saison des pluies, et ramènera le temps de transit d’un mois à douze jours.
Des garde-fous environnementaux scrutés
Dragage, éclairage, zones de stockage : chaque geste technique comporte un risque pour le fleuve et ses berges limoneuses. Le cahier des charges exige une analyse de la biodiversité aquatique avant travaux et un suivi semestriel des turbidités.
« Le fleuve n’est pas une autoroute sans vie », rappelle la biologiste Flore Ngakala, mandatée pour superviser les mesures. Elle plaide pour des épis végétalisés afin de limiter l’érosion causée par les remous des barges cargos.
Les voix des berges
Sur le marché flottant de Makéla, Augustin Massengo, pêcheur depuis vingt ans, espère que la nouvelle zone de relâche éloignera les gros pousseurs de ses filets. « Si le balisage est clair, nous pourrons travailler sans crainte », dit-il.
À quelques mètres, la cheffe de coopérative Mireille Ondongo se réjouit déjà des futurs entrepôts réfrigérés : « Moins de pertes post-récolte, c’est plus de revenus et moins de gaspillage », souligne-t-elle en triant ses mangues.
Comment y aller
Depuis le centre-ville de Brazzaville, un taxi-bus met quinze minutes pour rejoindre Yoro par l’avenue Marien Ngouabi. Les motocyclistes préfèrent longer la corniche pour éviter les embouteillages aux heures de pointe. La zone reste ouverte au public, mais le port principal sera partiellement clos durant les travaux.
À savoir
Le financement total du PRACAC atteint 330 millions de dollars, dont 90 millions dédiés au Congo. La durée prévisionnelle du chantier est de 18 mois, avec quatre mois d’études. Les activités commerciales seront déplacées temporairement sur un terre-plein amont pour limiter la rupture d’approvisionnement.
Impact & solutions
La modernisation de Yoro devrait générer 2 000 emplois directs et tripler le volume de fret fluvial sous cinq ans, selon les projections du ministère. Un “hôpital barge” apportera vaccination et soins de première urgence aux villages isolés, renforçant l’équité sanitaire le long du fleuve.
Pour contenir l’empreinte carbone, les autorités envisagent des grues électriques et un système de récupération des eaux de pluie pour les lavages de quais. Le secteur privé est invité à créer un consortium vert afin de pérenniser ces innovations.





