| Environnement

Un atelier stratégique à Brazzaville

Dans une salle baignée de lumière, soixante spécialistes venus des ministères, de l’ONU, du privé et des ONG scrutent des cartes. Durant deux jours, ils ont passé au crible l’outil de planification des paiements pour services environnementaux, souhaitant l’ancrer solidement dans la réalité congolaise.

Sous l’œil attentif du Secrétariat permanent chargé du partenariat Congo-CAFI, les discussions ont alterné plénières fougueuses et travaux de groupes pointus. Chaque tableau blanc raconte une ambition : transformer la conservation des forêts en moteur de développement local.

Le pari des paiements pour services environnementaux

Le principe est simple : rémunérer ceux qui protègent la forêt plutôt que ceux qui la détruisent. Financé par l’Initiative pour les forêts d’Afrique centrale, le mécanisme PSE encourage des pratiques agricoles sobres en carbone et sécurise des revenus réguliers pour les communautés riveraines.

Déjà opérationnel dans cinq autres pays d’Afrique centrale, il constitue pour le Congo une boussole. « Nous voulons que chaque hectare préservé rapporte à ses gardiens », confie un cadre du ministère de l’Économie forestière, déterminé à conjuguer écologie et bien-être.

Des données locales au cœur de l’outil

L’un des défis du workshop résidait dans l’actualisation des sources d’information. Inventaires forestiers, statistiques agricoles, cadastre, images satellite : tout a été recoupé afin d’obtenir une cartographie précise des pressions et des opportunités.

Les techniciens de CAFI saluent la démarche. « Un outil n’est robuste que si ses hypothèses traduisent le terrain », rappelle un expert en SIG. Les ajustements validés devraient rendre les simulations plus fiables, facilitant la sélection de sites pilotes vraiment pertinents.

Feuille de route vers la COP30

Au nom de la Primature, Augustin Ngolielé dévoile une trajectoire claire. Première étape : lancer un projet pilote inspiré des acquis du programme bois-énergie PROREP. Cette démonstration sera présentée en novembre 2025 à Belém, lors de la COP30.

La seconde phase consistera à étendre progressivement le dispositif sur l’ensemble du territoire. « La maîtrise de l’outil de planification nous permettra d’accélérer », affirme Ngolielé. En filigrane, l’idée est de faire du Congo une vitrine régionale du financement vert.

Voix du terrain

Carine Saturnine Milandou, directrice du Centre national d’inventaire forestier, insiste sur l’effet levier pour les communautés. « Les familles qui cultivent en bordure de forêt recevront des incitations. Elles pourront investir dans des semences améliorées ou des séchoirs solaires », explique-t-elle.

Sur le terrain, les premiers bénéficiaires ont été identifiés. Dans un village du Plateau, un agriculteur confie espérer acheter une motopompe grâce aux versements. Moins de brûlis, plus de maraîchage : le pacte qu’il signe avec la forêt se veut gagnant-gagnant.

Impact & solutions

Les projections montrent une réduction potentielle de 20 % de la déforestation dans les zones ciblées, assortie d’une hausse comparable des revenus ménagers. Pour maintenir cet élan, les partenaires comptent renforcer la formation, multiplier les suivis satellitaires et simplifier les procédures de paiement.

Le secteur privé, sollicité, voit déjà des co-bénéfices. Une société d’huile de palme certifiée estime que des PSE bien calibrés pourraient sécuriser sa chaîne d’approvisionnement tout en améliorant son image, ouvrant la porte à des marchés plus exigeants.

À savoir

La rémunération moyenne envisagée tourne autour de 10 USD par hectare et par an, ajustable selon la valeur des services écosystémiques. Les fonds proviendront d’un mix : subventions CAFI, contributions climatiques internationales et, à terme, ventes de crédits carbone réglementés.

Un comité national multi-acteurs supervisera la distribution, garantissant la transparence. Les contrats seront révisés tous les trois ans afin de tenir compte des variations de prix du carbone et de l’évolution des pratiques locales.

Comment y aller

Les sites pilotes se situent à moins de trois heures de route de Brazzaville. Des pistes lateritiques ont été réhabilitées dans le cadre du programme PROREP, facilitant l’accès des équipes de suivi. La saison sèche, de juin à septembre, reste la période la plus propice aux missions.

Pour les curieux, il est conseillé de s’adresser au ministère de l’Économie forestière, qui délivre les autorisations d’entrée en zones communautaires. Les visiteurs sont invités à respecter les coutumes locales et à limiter leur empreinte écologique.

Comments are closed.