Un souffle international sur les rives du fleuve
Dans la grande salle du ministère, décorée de lianes et de cartes, la Journée mondiale du tourisme a réuni le 26 septembre décideurs, étudiants et guides. Le directeur de cabinet Lis Pascal Moussodji a rappelé que « le tourisme durable ouvre une nouvelle voie de prospérité partagée ».
Pour Brazzaville, cette célébration dépasse le symbole : elle sert d’étape dans la modernisation du secteur voulue par le président Denis Sassou Nguesso. Les débats ont insisté sur la diversification économique et l’image positive du pays auprès des voyageurs en quête d’authenticité.
Les atouts naturels, piliers d’une offre verte
Avec 13 % du territoire classé en aires protégées, le Congo affirme sa vocation d’oasis forestière. Odzala-Kokoua, Conkouati-Douli et Lesio-Louna abritent gorilles, éléphants de forêt et dauphins de l’Atlantique. La ministre Marie Hélène Lydie Pontault voit là « un choix stratégique pour l’écotourisme ».
Le fleuve Congo, deuxième du monde par débit, offre quant à lui des croisières fluviales à faible empreinte carbone. Les plages sauvages du Kouilou complètent un éventail varié capable de séduire randonneurs, ornithologues et familles curieuses.
Moderniser sans défigurer les paysages
Les experts invités ont insisté sur l’équation délicate entre infrastructures et conservation. Simplice Ibara, directeur général du tourisme, prône des lodges alimentés à l’énergie solaire et construits en matériaux locaux : « Chaque hôtel doit devenir un ambassadeur de la forêt plutôt qu’un intrus ».
Le gouvernement encourage déjà des normes environnementales dans l’hôtellerie, tandis qu’un guichet unique simplifie les démarches pour les investisseurs responsables. Plusieurs projets pilotes, comme la passerelle suspendue de Mbomo, montrent qu’il est possible d’accueillir sans bétonner.
Communautés locales, premières vigies du changement
Dans les villages riverains d’Odzala, les associations de femmes transforment les feuilles de marantacées en emballages biodégradables vendus aux lodges. Les revenus financent des cantines scolaires, preuve concrète que la conservation profite aux habitants.
« Sans les pêcheurs et les pisteurs, aucune balade ne serait sûre ni authentique », rappelle Arsène Bokandza, guide formé par l’Institut congolais de la conservation. Le plan national prévoit d’impliquer 5 000 jeunes dans les métiers du tourisme vert d’ici 2028.
Patrimoines culturels, moteur d’inclusion
Au-delà des gorilles, le Congo invite à écouter les chœurs téké, goûter le saka-saka fumé et découvrir les fresques modernistes de la basilique Sainte-Anne. Les circuits culturels complètent l’offre nature et répartissent les flux touristiques entre villes et campagnes.
Les artisans de Poto-Poto voient déjà leurs ventes de tableaux augmenter lors des city-tours écologiques. « Nous peignons la forêt pour la sauver », confie la peintre Mamy Loumba, dont les pigments naturels rencontrent un public international.
Recherche et innovation, alliées de la durabilité
Des biologistes congolais collaborent avec les universités de Makoua et de Pointe-Noire pour cartographier les sentiers à l’aide de drones solaires. Les données permettent de canaliser les visiteurs loin des nids d’éléphants et de mesurer les émissions évitées.
Le Centre de surveillance de la biodiversité teste aussi un label carbone qui rémunère les parcs absorbant du CO₂. Chaque safari acheté contribue ainsi à maintenir les puits de carbone essentiels au climat régional.
Comment y aller
Les vols réguliers desservent Brazzaville et Pointe-Noire depuis Paris, Addis-Abeba ou Casablanca. Au départ de la capitale, la route goudronnée RN2 mène en dix heures à Ouesso, porte d’entrée d’Odzala. Des compagnies fluviales proposent également une remontée douce du fleuve jusqu’à Mossaka, idéale pour observer les martins-pêcheurs.
À savoir
Un visa touristique est délivré en cinq jours via la plateforme numérique E-visa Congo. La meilleure saison s’étale de juin à septembre, moins pluvieuse. Vaccin fièvre jaune exigé. Les moyens de paiement électroniques se généralisent, mais l’espèce reste reine dans les zones rurales.
Impact & solutions
Chaque visiteur peut limiter son empreinte en choisissant des guides homologués, en filtrant son eau plutôt qu’en achetant des bouteilles plastiques et en préférant l’artisanat local aux souvenirs importés. Les opérateurs reversent 5 % du prix des séjours à un fonds communautaire, garantissant un cercle vertueux.
Une feuille de route en construction
En clôture de la journée, Lis Pascal Moussodji a annoncé la finalisation d’un Plan national 2024-2030 axé sur la formation, la numérisation des réservations et la création de couloirs écologiques. Les consultations se poursuivent avec les ONG et les communautés pour ajuster les priorités.
L’objectif avoué est clair : doubler la contribution du tourisme au PIB avant 2030 tout en maintenant l’intégrité des écosystèmes. Un pari audacieux, mais à portée de la détermination congolaise.

