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Choléra au nord du Congo : état des lieux

Au nord de la République du Congo, les départements de la Likouala et du récent Congo-Oubangui observent une recrudescence de cas suspects de choléra depuis la mi-août 2023.

Les localités de Mossaka, Liranga, Loukoléla, Likendze et Impfondo ont signalé de la diarrhée aiguë et des vomissements chez des dizaines d’habitants, poussant les autorités sanitaires à activer l’alerte épidémiologique.

Le laboratoire national d’Impfondo a déjà confirmé la présence de Vibrio cholerae dans plusieurs prélèvements d’eau brute, amplifiant la vigilance autour des marchés et des débarcadères fluviaux.

L’accès à l’eau potable, enjeu sanitaire-clé

En zone fluviale, l’eau du fleuve Oubangui reste la principale ressource domestique. Filtration sommaire, absence de chloration et faible couverture en puits creusés rendent les communautés vulnérables aux maladies hydriques.

Dans certains quartiers d’Impfondo, un ménage sur trois déclare boire directement l’eau de surface sans ébullition, faute de combustible disponible, selon la direction départementale de la santé.

« Nous devons intégrer le volet assainissement dès la conception des forages communautaires pour garantir une eau exempte de bactéries », rappelle le technicien hydraulique Isidore Abraham, en mission conjointe avec l’UNICEF.

Réponse coordonnée des autorités et partenaires

Le ministère de la Santé a déployé des équipes mobiles chargées de diagnostiquer, traiter rapidement et notifier tout nouveau cas. Une réserve stratégique de sels de réhydratation orale et d’antibiotiques est acheminée par voie fluviale.

À Mossaka, siège administratif du Congo-Oubangui, une cellule de crise accueille quotidiennement les habitants pour des séances de lavage des mains et de distribution de comprimés de purification, avec l’appui de l’OMS et du Fonds mondial.

Le préfet de la Likouala a exhorté les radios communautaires à diffuser chaque heure le message « Stop Choléra », tandis que des leaders religieux relaient les consignes d’hygiène dans les cérémonies.

« Nous voulons sauver des vies et maintenir l’activité économique locale. La coordination avec les partenaires techniques reste déterminante », souligne le docteur Sylvie Mankoto, cheffe de la surveillance épidémiologique.

Mobilisation communautaire et éducation sanitaire

Les élèves, encadrés par leurs enseignants, fabriquent des dispositifs « Tippy-Tap » à base de bidons recyclés pour encourager le lavage systématique des mains avant les repas.

Des pêcheurs ont accepté d’installer des points de chloration improvisés sur les embarcations transportant du poisson frais vers les marchés d’Owando, réduisant ainsi le risque de contamination croisée.

Le jeune lycéen Roldy Oba Essalé raconte avoir accompagné ses frères malades jusqu’à Bétou : « L’appui des infirmiers bénévoles a été décisif. Beaucoup de familles comprennent désormais l’importance de traiter l’eau avant de la boire. »

Selon l’ONG CRS, plus de 4 000 ménages ont reçu des kits d’hygiène composés de seaux, savon et flyers explicatifs, principalement financés par des contributions locales.

Défis persistants et perspectives durables

Le caractère transfrontalier du bassin Congo-Oubangui rend indispensable la coopération avec la République centrafricaine et la République démocratique du Congo afin de partager données et stocks médicaux.

Les autorités congolaises estiment que la construction de dix stations de pompage solaire dans la Likouala réduirait de moitié les cas de maladies d’origine hydrique d’ici trois ans, selon la feuille de route départementale.

Si la prévention demeure la meilleure barrière, les habitants rappellent que la lutte contre le choléra passe aussi par l’amélioration durable des infrastructures et la poursuite des programmes d’éducation sanitaire portés par l’État et ses partenaires.

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