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Une filière bois sous haute surveillance

In Congo-Brazzaville, la forêt couvre plus de la moitié du territoire et se hisse au rang de deuxième contributeur budgétaire national après le pétrole. Sa gestion soulève donc des enjeux économiques, sociaux et climatiques cruciaux pour les communautés, l’État et les partenaires internationaux.

Fin août 2025, un atelier consacré à l’intégrité, à l’éthique et à la transparence dans la chaîne d’approvisionnement du bois a réuni, à l’hôtel Mickhael’s de Brazzaville, décideurs publics, entreprises et ONG. Objectif affiché : contrer les pratiques illicites qui fragilisent la filière.

Un dialogue multi-acteurs inédit

« Depuis 2000, le Congo s’est doté d’outils pour une gestion durable des forêts », a rappelé l’inspecteur général des services de l’économie forestière, Maixan Guillaume Tabaka, en ouvrant la session. Il souligne toutefois que des défis de traçabilité et de contrôle persistent le long de la chaîne.

L’atelier était porté par la Rencontre pour la paix et les droits de l’homme et Transparency International Cameroun, avec l’appui technique de Traffic. Ce projet binational, financé par l’agence norvégienne Norad, cible à la fois l’offre africaine et la demande chinoise et vietnamienne en produits forestiers.

Autour des tables, l’administration forestière côtoyait douanes, gendarmerie, police, syndicats d’exploitants, représentants autochtones et chercheurs. Cette configuration intersectorielle a permis de mettre à nu les angles morts réglementaires et les zones d’ombre où naissent corruption, blanchiment de provenance et sous-déclaration fiscale.

Constats sans concessions

Les discussions ont révélé que la concentration des marchés asiatiques, l’éloignement des postes de contrôle et la pression concurrentielle encouragent parfois le contournement de la loi. Des grumes quittent encore le territoire sans documents complets, exposant les exportateurs à des refus aux frontières européennes.

« La filière doit rester profitable à l’État, mais aussi aux communautés locales », insiste Christian Mounzéo, coordonnateur de la RPDH. Selon lui, l’équité dans la redistribution des taxes forestières et la reconnaissance des droits coutumiers restent les garants d’une paix sociale durable.

Patrice Kamkuimo, de Traffic, rappelle que le projet agit simultanément sur l’amont et l’aval : sensibilisation des producteurs au Congo et au Cameroun, et plaidoyer auprès des douanes chinoises et vietnamiennes pour refuser tout lot dépourvu de certificat de légalité.

Naissance d’un code éthique local

La proposition phare adoptée à Brazzaville est l’élaboration d’un code d’éthique propre aux réalités socioculturelles congolaises. Ce référentiel devra consolider les dispositions légales existantes, clarifier les obligations des acteurs et définir des mécanismes de sanctions et de récompenses crédibles.

Conçu comme un outil vivant, le futur code intégrera des annexes illustrant des cas fréquents : fausse déclaration de volumes, mélange d’espèces protégées, ou rétro-commissions. Un comité multipartite actualisera ces exemples afin d’éviter toute dérive d’interprétation au gré des intérêts économiques.

Mais adopter un texte ne suffit pas. Les participants souhaitent une stratégie d’appropriation : ateliers mobiles dans les campements forestiers, capsules radios en langues locales et insertion du code dans les cursus des écoles techniques. L’idée est de passer de la norme au réflexe citoyen.

Perspectives durables pour les forêts congolaises

La société civile, déjà autorisée à pratiquer l’observation indépendante, voit dans ce processus un élargissement de son mandat. Elle pourra documenter la conformité éthique des concessions et relayer, auprès des autorités, les alertes des communautés affectées par une exploitation non conforme.

Sur le plan institutionnel, le Congo s’appuie sur l’Accord de partenariat volontaire signé avec l’Union européenne, les normes FSC en expansion et un système national de traçabilité électronique. Des contrôles croisés limitent déjà le risque de documents falsifiés le long des routes forestières.

Néanmoins, la faiblesse de certains postes de pesée, le manque de moyens pour les écogardes et l’attrait de gains rapides entretiennent encore des brèches. Les acteurs s’accordent sur la nécessité d’augmenter les budgets de surveillance et d’informatiser les procédures douanières régionales.

Les experts préconisent également de diversifier les marchés. En valorisant les essences secondaires et la transformation locale, le Congo pourrait réduire la pression sur les espèces emblématiques et générer davantage d’emplois non délocalisables dans les zones forestières.

Le renforcement des capacités passe aussi par la formation des magistrats sur les infractions forestières et l’équipement en technologies de pointe : drones, scanners laser, plateformes de suivi satellite. Ces outils accélèrent la détection d’abattages illicites et la collecte de preuves recevables.

En définitive, la dynamique lancée à Brazzaville illustre une volonté partagée de conjuguer développement économique et sauvegarde des forêts. Le futur code d’éthique, s’il devient une référence vécue au quotidien, pourrait hisser la filière bois congolaise au rang des modèles africains.

La réussite passera enfin par la transparence des données. Rendre publics les permis attribués, les volumes exportés et les montants des taxes versées renforcerait la confiance des investisseurs responsables et des bailleurs climatiques qui soutiennent déjà plusieurs programmes de compensation carbone au Congo.

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