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Un parc-bastion de biodiversité en sursis

Sous une pluie fine, le 4 septembre dernier, Trésor Nzila a dévoilé à Brazzaville un rapport alarmant sur le parc national de Conkouati-Douli. Aux côtés d’Earth Insight, il détaille les menaces que l’exploration pétrolière fait peser sur ce joyau écologique.

Créé par décret présidentiel en 1999, le parc s’étend sur plus de huit mille kilomètres carrés de forêts denses, zones humides, mangroves et estuaires, hébergeant éléphants de forêt, gorilles de plaine, tortues luth et plus de trois cent cinquante espèces d’oiseaux.

Cette mosaïque d’habitats constitue un corridor biologique reliant l’écorégion côtière congolaise au réseau protégé du voisin gabonais, renforçant la résilience climatique régionale grâce au stockage de millions de tonnes de carbone dans ses tourbières encore peu étudiées.

Des concessions pétrolières au cœur des zones humides

Le nouveau rapport du Centre d’action pour le développement recense deux blocs pétroliers, Conkouati et Niambi, couvrant à eux seuls plus de la moitié de la surface terrestre du parc et près de 90 % de ses zones humides stratégiques.

Attribué en février 2024 à Overseas United Limited, le permis Conkouati chevauche l’aire intégrale, pourtant considérée comme zone d’exclusion totale par le plan d’aménagement, tandis que le permis Niambi, octroyé à Oriental Energy en avril 2025, empiète sur la zone tampon.

Selon les images satellites compilées par Earth Insight, plus de quarante kilomètres de pistes exploratoires et de clairières seraient déjà visibles, ouvrant la voie à des opérations sismiques dont l’empreinte pourrait fragmenter des habitats critiques pour le chimpanzé d’Afrique centrale classé en danger.

Les compagnies affirment respecter la réglementation congolaise et promettent des études d’impact approfondies. Le ministère des Hydrocarbures rappelle que le pays vise la diversification économique tout en s’engageant dans les initiatives de neutralité carbone portées par la Commission Climat du Bassin du Congo.

Voix de la société civile et appels à la prudence

« Le parc national de Conkouati est un sanctuaire de la vie, pas une zone d’exploitation », martèle Trésor Nzila, pointant une contradiction entre la stratégie nationale de conservation et l’ouverture de blocs pétroliers dans un espace protégé par décret.

Treize organisations congolaises et internationales ont cosigné une déclaration demandant la révocation des permis. Elles évoquent la Convention de Ramsar, la Convention sur la diversité biologique et la récente Déclaration africaine sur les forêts de Brazzaville, toutes ratifiées ou soutenues par le Congo.

Pourtant, la société civile se dit ouverte à un dialogue constructif. « Nous ne sommes pas contre le développement, mais il existe d’autres zones prometteuses hors des limites du parc », précise Nzila, invitant gouvernement, experts et entreprises à une table ronde technique.

Des environnementalistes indépendants soulignent que plusieurs pays africains ont récemment révisé des permis miniers dans des aires protégées, parfois en faveur d’alternatives écotouristiques génératrices d’emplois durables. Ils estiment qu’un précédent positif aiderait à préserver la crédibilité verte du Congo sur la scène internationale.

Enjeux socio-économiques pour les communautés riveraines

Près de sept mille habitants vivent aux abords du parc, répartis dans une quinzaine de villages de pêche et d’agriculture de subsistance. Les chefs coutumiers redoutent une concurrence accrue sur les ressources marines si une base logistique était installée sur la côte.

Mamy Sita, coordinatrice d’une coopérative de femmes pêcheuses à Nzambi, explique que l’arrivée éventuelle de barges sismiques perturberait la ponte des tortues et la migration des poissons, compromettant la sécurité alimentaire locale déjà fragilisée par l’érosion côtière.

À l’inverse, les partisans des permis font valoir la perspective de taxes locales, d’emplois et de routes nouvelles. Certains élus voient dans la manne pétrolière une opportunité pour financer des dispensaires ou des centres de formation longtemps attendus dans cette contrée enclavée.

Le défi est donc de concilier protection de la biodiversité et aspirations économiques, un dilemme récurrent dans les bassins forestiers tropicaux où les investissements à court terme côtoient des services écosystémiques inestimables mais encore sous-valorisés dans les modèles comptables classiques.

Vers une conciliation développement et conservation

Interrogé sur le dossier, le ministère de l’Environnement rappelle que le Congo s’apprête à présenter ses progrès en matière d’aires protégées au Sommet africain sur le climat, prévu à Addis-Abeba en septembre 2025, et assure qu’aucune décision définitive n’est actée.

Des experts suggèrent la création d’un groupe de travail multipartite pour évaluer la faisabilité d’un moratoire temporaire, le temps d’intégrer les données scientifiques les plus récentes sur les tourbières et la valeur socio-culturelle des paysages côtiers dans le futur schéma directeur.

Dans un contexte mondial où la finance carbone récompense les pays préservant leurs écosystèmes, la République du Congo pourrait, en protégeant Conkouati-Douli, renforcer sa position de leader climatique régional tout en explorant des mécanismes de compensation plus rentables et moins risqués que l’or noir.

En coulisses, plusieurs bailleurs internationaux discutent déjà d’un éventuel fonds d’appui à la transition énergétique locale, ciblant la production solaire villageoise et la valorisation du bois-énergie durable, initiatives susceptibles d’offrir des alternatives concrètes aux habitants sans sacrifier le capital naturel.

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