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Un appel de Brazzaville aux investisseurs verts

Le 5 septembre, au siège brazzavillois du Programme des Nations unies pour le développement, le ministre de l’Énergie et de l’Hydraulique, Emile Ouosso, a exhorté partenaires publics et privés à participer à un projet ambitieux : porter la lumière dans les villages encore plongés dans la pénombre.

Doté d’une enveloppe de 211 milliards de FCFA, le Programme d’électrification des zones rurales, PEZor, veut déployer des microcentrales hydroélectriques, 257 mini-centrales solaires, 1 880 lampadaires et 243 km de lignes neuves, un puzzle énergétique présenté aux bailleurs autour d’un déjeuner baptisé « Pacte Énergie ».

Quatre cent mille vies dans l’ombre

Selon les registres d’Énergie électrique du Congo, 494 313 compteurs sont aujourd’hui reliés au réseau national, un chiffre qui traduit un taux d’accès moyen de 32 % ; hors des villes, toutefois, seuls 1 % des ménages profitent d’un courant régulier.

Emile Ouosso rappelle que l’industrialisation attend son heure faute d’énergie fiable : « nos gisements de fer de Zanaga ou Mayoko, prêts à démarrer, ont besoin de dix mégawatts chacun », souligne-t-il, dressant l’équation sociale et économique derrière les statistiques.

Micro barrages, maxi ambitions

La première brique du PEZor sera un mini-réseau autour de Lébama, Itsibou et Foula, trois chutes d’eau au potentiel cumulé de 30 MW. Les turbines nourriront sept localités et deux complexes miniers, un banc d’essai programmé pour être opérationnel en 2030.

Le coût de cet échantillon grandeur nature atteint 87 milliards de FCFA, dont la majeure partie consacrée aux centrales. Les études, chiffrées à 779 millions, intègrent des diagnostics environnementaux visant à garantir la protection des berges et la continuité écologique du fleuve.

Soleil, turbines et réseau dense

Au-delà de l’eau, le soleil du Congo offre un gisement constant : 257 mini-centrales photovoltaïques seront dispersées dans 58 districts, chacune dimensionnée pour répondre à un marché local, de l’éclairage public aux ateliers d’agro-transformation du manioc et du cacao.

Pour délivrer cette énergie, 243 km de lignes moyenne tension seront posés, associés à 1 880 lampadaires LED. La combinaison réduit les générateurs diesel qui grèvent les budgets communaux et permettra d’économiser jusqu’à 60 000 tonnes équivalent CO2 chaque année, selon le Pnud.

À savoir

Le financement est structuré autour de dons concessionnels, de crédits mixtes et d’une contribution étatique de 10 %. Les discussions engagées avec la Banque africaine de développement, l’Agence française de développement et la Banque mondiale visent à sécuriser les premiers décaissements dès 2024.

Comment y aller

Les sites pilotes se rejoignent par la route nationale 2, praticable toute l’année. Depuis Brazzaville, huit heures de voyage suffisent pour atteindre Lébama. Les voyageurs doivent se munir d’autorisation préalable auprès des services de l’Énergie avant toute visite des installations en chantier.

Impact & solutions

Selon les projections du gouvernement, le PEZor créera 1 200 emplois directs dans la maintenance, tandis que 40 304 habitants bénéficieront d’un service électrique continu, favorisant l’émergence de micro-entreprises féminines dans la transformation agricole et la conservation par chaîne du froid.

Adama Dian Barry, représentante du Pnud, se dit convaincue que « la force de nos eaux bouillonnantes » peut devenir un laboratoire d’adaptation climatique pour la sous-région. Elle plaide pour que chaque dollar investi alimente aussi des programmes de reboisement communautaire.

Les ingénieurs insistent sur la standardisation des équipements pour réduire les coûts de maintenance à long terme. Des accords de formation avec l’Université Marien-Ngouabi doivent permettre de former cent techniciens par an, assurant ainsi la pérennité des infrastructures en milieu rural.

Sur le plan environnemental, chaque microcentrale incorporera un débit réservé garantissant la migration des poissons. Des capteurs seront placés en aval pour surveiller en temps réel la température et la turbidité, données accessibles aux chercheurs via une plateforme open-source.

Le PEZor, enfin, s’intègre à la stratégie nationale bas-carbone 2050 en conjuguant mix hydro-solaire et électrification des usages domestiques, réduisant la dépendance au bois-énergie qui provoque chaque année la perte de 80 000 hectares de forêt dans le bassin du Congo.

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