Au cœur de Conkouati-Douli, un joyau menacé
Sables blond, lagunes, mangroves, Conkouati-Douli déroule 500 000 hectares de montagnes et d’estuaires à la frontière gabonaise. Gorilles, éléphants de forêt et tortues luth s’y côtoient sous le regard des pêcheurs vili et des méandres du fleuve.
Depuis 1999, le parc porte le label d’aire protégée de catégorie II. Pourtant deux blocs pétroliers, attribués en 2022, recouvrent plus de la moitié de sa partie terrestre et 90 % des zones humides selon Earth Insight et le Cad.
Les chercheurs estiment qu’une seule plate-forme pourrait fragmenter l’habitat, déranger les couloirs de migration et modifier la qualité de l’eau saumâtre dont dépendent 7 000 habitants.
Un rapport qui alerte sans accuser
Le 4 septembre, à Brazzaville, Trésor Nzilla Kendet, directeur exécutif du Centre d’actions pour le développement, a présenté le rapport conjoint lors d’une conférence de presse ouverte aux ONG, aux médias et aux représentants des ministères concernés.
« Nous ne pointons pas du doigt, nous tirons la sonnette pour une révision éclairée », résume l’écologue, précisant que la recommandation première est la révocation des permis ou, à défaut, leur redéfinition hors des zones cœur.
Le document, rendu public pendant la Semaine africaine du climat à Addis-Abeba, souligne la nécessité d’un processus décisionnel transparent, incluant communautés autochtones, scientifiques locaux et administrations.
À Addis-Abeba, la délégation congolaise a rappelé sa volonté de concilier valorisation des ressources et neutralité carbone à l’horizon 2050, saluant le débat ouvert par les organisations de la société civile.
Dialogue entre État, scientifiques et riverains
Au ministère de l’Économie forestière, un conseiller technique assure que « toute exploration fera l’objet d’une étude d’impact rigoureuse et publique, conformément au Code de l’environnement ».
Les chefs traditionnels de Nzambi et de Madingo-Kayes demandent, eux, que leurs savoirs soient cartographiés avant tout forage, estimant que les berges sacrées constituent une protection naturelle contre l’érosion.
Pour la biologiste Rosine Mabiala, de l’Université Marien Ngouabi, la situation offre « une occasion inédite de tester les outils nationaux de gouvernance environnementale » et d’enrichir les bases de données sur la faune.
Le Cad propose la création d’un observatoire citoyen capable de suivre en temps réel la mise en œuvre des engagements, depuis les relevés sismiques jusqu’aux opérations de réhabilitation.
Comment y aller
Depuis Pointe-Noire, la piste sableuse qui longe la côte rejoint le poste d’entrée de Ndindi après cinq heures de 4×4, sauf durant la grande saison des pluies où seul le bateau peut franchir le chenal.
Les visiteurs s’acquittent d’un droit d’accès gardé raisonnable, payable au siège de l’Agence congolaise de la faune et des aires protégées. Les guides communautaires sont obligatoires pour pénétrer dans la mangrove.
À savoir
Le parc se visite toute l’année, mais les pontes de tortues géantes s’observent de novembre à janvier sur la plage de Dimonika, sous la surveillance des écogardes.
Les photographes doivent prévoir des lentilles longues focales et des sachets étanches ; l’humidité dépasse souvent 90 % à l’aube.
Les villages bordiers commercialisent du poisson fumé issu de pêcheries artisanales gérées selon un quota journalier validé par les autorités locales.
Impact & solutions
Si les permis étaient maintenus, les experts suggèrent d’exclure au moins les zones humides et un corridor de vingt kilomètres autour des nids de gorilles, mesure déjà appliquée au parc de Nouabalé-Ndoki.
D’autres pistes incluent le recours à la technologie « zéro torchage » et la réaffectation d’une part des redevances à un fonds communautaire pour l’eau potable, appuyé par l’Initiative pour la transparence des industries extractives.
Le gouvernement a récemment annoncé une consultation interministerielle visant à aligner la feuille de route pétrolière sur la Stratégie nationale biodiversité révisée, signe d’un possible arbitrage favorable à la conservation.
« Nous croyons que la République du Congo peut devenir un modèle africain de gestion intégrée des bassins côtiers », conclut Trésor Nzilla Kendet, appelant à transformer la controverse en laboratoire d’innovations vertes.





