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Un virage stratégique pour la mode africaine

Sur Instagram, Laëtitia Kandolo a annoncé qu’elle pilotera l’Institut régional de la mode, ouvert en mai 2025 à Kinshasa par Kobo Hub avec l’appui de l’ambassade de France en RDC.

La nouvelle marque un pas décisif pour la création africaine : il ne s’agit plus seulement d’exporter du talent, mais de bâtir localement une industrie capable d’allier rentabilité, identité culturelle et respect de l’environnement.

Déjà estimé à un milliard de dollars, le marché vestimentaire d’Afrique centrale devrait doubler d’ici 2030 selon l’AFDB, si la production locale gagne en compétitivité et en durabilité.

La vision de Laëtitia Kandolo

Styliste franco-congolaise ayant habillé Rihanna et Beyoncé, Kandolo revendique une inspiration ancrée dans les forêts du bassin du Congo et les tissus végétaux qui les racontent.

« La mode est une langue universelle et l’Afrique centrale a ses verbes à conjuguer », confie-t-elle, promettant des programmes mêlant couture circulaire, teinture naturelle et business plan responsable.

Avec Uchawi, sa marque fondée en 2017, la créatrice a déjà prouvé qu’un vêtement responsable pouvait séduire les tapis rouges sans renoncer à la rentabilité.

Former une génération éco-responsable

L’Institut accueillera une première cohorte venue de Goma, Brazzaville, Bukavu, Douala et Bangui. Au menu : design, marketing, mais aussi cours sur le cycle de vie d’un vêtement, du champ de coton au recyclage.

Chaque étudiant devra développer une mini-collection zéro déchet, encadrée par des artisans tisserands et des experts en agro-écologie, afin d’illustrer la possible symbiose entre création et conservation des ressources.

Le cursus inclut des modules de cartographie numérique pour tracer les chaînes d’approvisionnement, un partenariat avec l’université Marien-Ngouabi pour la chimie verte, et un bootcamp annuel sur la certification carbone.

Un hub créatif au cœur du bassin

Installé dans un ancien entrepôt, le campus héberge ateliers, studio photo, salle de spectacle et micro-folie numérique connectée aux musées du monde. Tout fonctionne à l’énergie solaire et les eaux usées passent par un jardin filtrant.

Les designers résidents pourront collaborer avec botanistes et musiciens locaux pour inventer de nouvelles matières ou scénographier des défilés immersifs célébrant la biodiversité fluviale.

Le futur showroom, prévu pour 2027, permettra aux marques régionales d’exposer directement aux acheteurs internationaux, évitant ainsi les coûteuses tournées européennes.

Réhabiliter le patrimoine textile local

Sous la houlette d’historiens, les étudiants redécouvriront le ndop et le kuba, tissus cérémoniels dont les motifs racontent l’histoire des royaumes bantous et intègrent des teintures végétales non polluantes.

Cette approche patrimoniale nourrit une esthétique contemporaine tout en créant des débouchés pour les maîtres-tisserands répartis le long du fleuve, souvent menacés par la concurrence d’importations bon marché.

Comment y aller

Le site se trouve dans le quartier de Limete, à vingt minutes du centre de Kinshasa. Des taxis-bus électriques font la navette toutes les heures depuis l’aéroport international de Ndjili.

Pour les visiteurs venant de Brazzaville, les liaisons fluviales quotidiennes sur le majestueux Congo restent l’option la plus pittoresque et la plus basse en carbone.

À savoir

Les formations sont gratuites pour les étudiants d’Afrique centrale, grâce à un fonds mixte public-privé. Les candidatures pour la session 2026 seront ouvertes en septembre et se font exclusivement en ligne.

Les cours sont dispensés en français, lingala et swahili, pour toucher un public élargi. Un programme de bourses de mobilité permettra aussi des échanges avec Brazzaville et Libreville dès 2027.

Impact & solutions

Le secteur textile est responsable de 10 % des émissions mondiales. En introduisant la conception circulaire dès l’apprentissage, l’Institut espère réduire l’empreinte carbone des collections produites en Afrique centrale.

Kandolo mise aussi sur le coton biologique congolais et la teinture à base d’indigo cultivé localement, créant une chaîne de valeur courte qui soutient les agriculteurs et protège les sols.

Un tableau de bord public mesurera chaque trimestre la consommation d’eau, l’énergie renouvelable utilisée et le taux de déchets recyclés, créant un précédent de transparence dans l’industrie régionale.

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