Likouala: festival autochtone à Impfondo
Tambours, flèches en rotin et voix gutturales ont résonné cet été sur la place rouge d’Impfondo, capitale verte de la Likouala. Pour la première fois, un mini-festival dédié aux cultures autochtones et locales y a réuni danseurs, conteurs et curieux.
L’initiative est portée par l’Association Bomassa pour promouvoir la culture et protéger la biodiversité. Son président, Guy Mossele, voit dans l’événement « une porte pour que nos traditions survivent et défendent la forêt » (ACI).
Le patrimoine immatériel comme trésor écologique
Sur le sable rouge d’Impfondo, les enfants mènent la danse Molendé, tandis que les anciens exécutent le yeln. Chaque pas retrace une traque, une cueillette, un chant de pluie : un manuel vivant de gestion durable des sous-bois.
Selon les chercheurs de l’Université Marien-Ngouabi présents sur place, ces rites entretenus par les peuples Mboshi, Bomitaba ou Aka permettent de cartographier mentalement les zones de chasse et d’éviter la surexploitation du gibier.
Forêts coutumières et bataille juridique
Mais la transmission orale ne suffit plus. Guy Mossele rappelle que les communautés ne reçoivent que 5 % des redevances forestières prévues, loin des 100 % inscrits dans les cahiers des charges des concessions.
Il exhorte l’État et les exploitants à appliquer l’article 42 de la loi n°5 qui réserve aux peuples autochtones la réparation de tout préjudice foncier. « La terre est notre archive », insiste-t-il.
Comment y aller
Impfondo est accessible en pirogue rapide depuis Brazzaville via Mossaka et Bétou, ou en avion régulier de la compagnie Equaflight trois fois par semaine. La saison sèche, de juin à octobre, garantit une navigation stable sur le fleuve Oubangui.
À savoir
Les visiteurs doivent demander un laissez-passer provincial à l’autorité préfectorale et se faire enregistrer au poste de contrôle sanitaire à l’arrivée. Le paludisme restant endémique, un traitement prophylactique est recommandé.
Les photographies commerciales nécessitent une autorisation écrite de l’administration départementale pour respecter la propriété intellectuelle des artistes et éviter la marchandisation abusive des savoirs locaux.
Impact & solutions
Le festival a été supervisé par Servais Kiba, secrétaire général du département, gage d’une coopération étroite entre État et société civile. Kiba salue « un modèle pour conjuguer développement culturel et conservation ».
Selon l’ONG locale Renatura, l’événement pourrait être intégré au programme national Tourisme vert 2025, générant des emplois durables et des revenus additionnels pour l’entretien des pistes communautaires.
Pour pérenniser l’action, l’Abpcpb prépare un fonds rotatif destiné à financer les groupes de danse et un centre d’archives orales au village de Bomassa. L’objectif est de passer d’un rendez-vous annuel à un réseau de micro-festivals dans tout le bassin.
Transmission numérique et jeunes créateurs
Sur les réseaux, la vidéo d’une chasse simulée a dépassé 50 000 vues en une semaine, portée par la page Facebook Likouala Heritage. Les lycéens filment en Lingala et traduisent en français, prouvant que la mémoire se réinvente en ligne.
Le projet bénéficie d’une connexion satellitaire installée par l’ONG française Ensemble Demain. Les séances de formation au montage vidéo se déroulent sous un abri de bambou, avec des panneaux solaires bricolés par les jeunes artisans.
Une vitrine pour la Likouala
Le mini-festival devrait évoluer en biennale, président Mossele envisage déjà une route des caravanes culturelles reliant Bomassa, Mokabi et Dongou. L’objectif : attirer les voyageurs à faible empreinte carbone, adeptes de pirogue et de bivouac.
Le département parie sur l’écotourisme pour diversifier son économie, encore marquée par la pêche artisanale et l’exploitation de bois nobles. Le festival, vitrine pacifique, renforce la réputation de la Likouala comme poumon vert du Congo-Brazzaville.
Recherche scientifique et savoir traditionnel
Les botanistes du Parc national de Nouabalé-Ndoki ont profité du festival pour collecter des récits sur les usages du moabi, arbre à beurre sacré. Ces informations guideront une étude sur la régénération naturelle de l’espèce.
« Les guérisseurs identifient des semis invisibles pour nous », constate la chercheuse Claire Dupont. « Croiser leurs connaissances avec nos inventaires modernise la conservation sans la dénaturer. » Une cartographie participative devrait être publiée en 2024.





