Brazzaville se retrousse les manches
Dès l’aube, les cours du complexe scolaire de la Révolution résonnent des coups de balai. Ce premier samedi d’octobre, la capitale congolaise remet la propreté au cœur de l’apprentissage et fait vibrer le civisme collectif.
Depuis deux ans, le gouvernement fixe à chaque premier samedi du mois une vaste opération d’assainissement. L’idée, initiée par le président Denis Sassou Nguesso, s’ancre peu à peu comme un rendez-vous citoyen dans les quartiers et désormais au sein des écoles.
Trois ministres à la pelle et au balai
Pour l’édition d’octobre, trois ministres quittent leurs bureaux: Juste Désiré Mondélé, Jean-Luc Mouthou et Ghislain Thierry Maguessa Ebomé. Vêtus de gilets fluorescents, ils illustrent l’esprit de proximité voulu par leur feuille de route.
Au complexe de la Révolution, les officiels rejoignent élèves, ONG et parents pour désherber, peindre les bordures et évacuer les tas de déchets. Les visages se couvrent de sueur mais aussi de fierté, conscients que l’environnement commence devant la salle de classe.
Lycée 5-Février: technicité et civisme
Cap ensuite sur le lycée technique 5-Février 1979, planté au cœur de Mpila. Là encore, brouettes et pioches changent le décor en quelques heures. « Nous montrons que la préservation du patrimoine est l’affaire de tous », insiste Jean-Luc Mouthou.
Mikalou, symbole d’urgence et d’espoir
Le troisième arrêt conduit la délégation à l’école primaire 5-Février de Mikalou, dans Djiri. Entre herbes géantes et murs lézardés, le lieu résume le défi: sauver des bâtiments rongés par le temps et par la proche rivière Tsiémé.
L’inondation saisonnière transforme parfois la cour en marécage. Des salles ont déjà cédé sous l’érosion, obligeant les enfants de l’ex-école Emeraude à partager des classes réduites. Face à la délégation, le chef de quartier Marcel Ngnelibolo voit une « coïncidence heureuse ».
Grâce à un partenariat entre le ministère de l’Enseignement primaire et la députée locale, de nouveaux modules poussent déjà. Mais pour durer, ces briques auront besoin d’un entourage vigilant. « La propreté chasse la maladie », rappelle Ngnelibolo pendant que les broussailles tombent.
Prévenir inondations et maladies
Pour Juste Désiré Mondélé, la date de la rentrée scolaire offrait un symbole puissant. En dévoilant une plaque interdisant le dépôt d’ordures, il martèle qu’« une école saine stimule la réussite ». Son discours, repris par un porte-voix, galvanise les écoliers.
Le rituel mensuel dépasse le simple coup de balai. Il s’inscrit dans la Stratégie nationale de développement urbain qui vise à réduire de moitié les points noirs sanitaires d’ici 2030, tout en renforçant la résilience des quartiers exposés aux crues.
Les élèves, premiers ambassadeurs verts
Les enseignants transforment l’activité en leçon grandeur nature. Dans chaque classe, un tableau de service attribue une micro-tâche quotidienne aux élèves: ramasser les papiers, arroser les fleurs, surveiller les caniveaux. Petit à petit, l’écologie remplace la punition par la responsabilité.
L’implication des organisations de jeunesse apporte aussi des innovations. Certaines collectent les bouteilles plastiques pour en faire des bancs, d’autres fabriquent du compost pour les potagers scolaires. Autant d’initiatives qui allègent la facture de nettoyage et mobilisent la filière verte locale.
Comment y aller
Se rendre sur les sites est simple. Depuis le centre-ville, un taxi-bus dessert la Révolution en quinze minutes, tandis qu’une navette part de la gare centrale vers Mikalou. Les visiteurs doivent toutefois respecter les heures creuses pour éviter l’embouteillage des sorties d’école.
À savoir
Une autorisation du directeur suffit pour photographier l’opération, mais l’usage de drones reste soumis à déclaration auprès de l’Agence nationale de l’aviation civile. À savoir également: les gants et masques ne sont pas fournis sur place, prévoyez-les.
Impact & solutions
Au-delà du geste ponctuel, le ministère prépare un guide pratique pour aider chaque directeur à élaborer son propre plan d’entretien annuel. L’appui technique de la Banque mondiale est à l’étude, notamment sur la gestion durable des eaux pluviales.
À Mikalou, les élèves ont déjà rebaptisé leur terrain « jardin de l’espoir ». La prochaine saison des pluies dira si l’herbe cède enfin la place à des parterres de légumes. En attendant, balais rangés, les cahiers peuvent s’ouvrir dans des classes aérées.
Chaque premier samedi s’achève par une photo de groupe et un slogan partagé: « Ma ville, ma santé ». Ce refrain simple traduit le pari d’un Congo où l’éducation va de pair avec des cours propres et des rivières protégées.





