Brazzaville, capitale d’une effervescence scientifique
Dans la moiteur d’octobre, le campus de l’Institut national de recherche en sciences de l’ingénieur, innovation et technologie bruisse comme une ruche. Stands colorés, posters et effluves de beignets s’entremêlent. Les premières Journées scientifiques et technologiques bousculent le quotidien universitaire et offrent un visage tourné vers l’avenir.
L’État place la connaissance au cœur du modèle
Ouvrant les débats, le ministre de la Recherche scientifique, Rigobert Maboundou, martèle que « la prospérité de notre pays dépend de nos capacités à produire du savoir ». Son allocution rappelle l’ambition gouvernementale : hisser la recherche au rang de levier prioritaire pour diversifier l’économie, tout en préservant l’environnement.
Des idées qui parlent au terrain
Quarante-sept communications rythment deux jours intenses. On goûte un beignet mikaté mariant farine de blé et banane dessert, on teste un fromage issu des graines de courge, on découvre un pâté de canard relevé de carottes locales. Chaque prototype illustre la richesse agricole du Congo et la créativité de ses laboratoires.
Biodiversité, santé et goût réunis
Les chercheurs dévoilent aussi une farine fonctionnelle à potentiel galactogène mêlant papaye verte, maïs, chenille et courge : un cocktail nutritif pour les mères allaitantes. D’autres travaux analysent la composition minéralogique d’aubergines fertilisées aux fientes de poulet. La science s’invite ainsi dans l’assiette et valorise des pratiques agricoles durables.
Une opportunité pour l’« or vert » congolais
Le Pr Michel Elenga, directeur général de l’Inrsiit, insiste : « Faire de la recherche, de l’innovation et de la technologie les piliers du développement est notre feuille de route ». Pour lui, l’immense biodiversité nationale peut générer emplois, revenus et solutions écologiques si elle est exploitée avec précaution et expertise locale.
Le pari d’une économie circulaire verte
Devant un public captivé, des posters exposent l’étude du pouvoir fermentaire des pelures de banane et d’ananas pour produire un bioéthanol de deuxième génération. Transformer des déchets en carburant illustre la volonté de réduire la dépendance aux énergies fossiles et de fermer la boucle de la consommation.
Du laboratoire au marché, un chemin à baliser
Les participants réclament un soutien financier stable. Subventions, partenariats privés et incubateurs sont cités comme tremplins indispensables. « Nos prototypes doivent quitter les salles blanches pour les étals », résume une doctorante en agro-alimentaire. Le défi passe par des chaînes logistiques, une certification rigoureuse et des débouchés industriels locaux.
Les jeunes, moteurs d’innovation durable
Les couloirs bourdonnent de lycéens, bluffés par un vin de noix de coco pétillant. Le ministre les interpelle : « Votre imagination est notre plus grand capital ». Ateliers de codage, visites de laboratoires et concours d’affiches nourrissent l’enthousiasme d’une génération prête à embrasser les sciences de l’ingénieur.
Photographier la matière grise en action
Entre deux conférences, notre équipe immortalise la gestuelle précise d’une technicienne titrant l’acidité d’un fromage de courge, ou l’éclair d’enthousiasme d’un chercheur tenant son flacon d’éthanol ambré. Ces instants saisis révèlent l’humanité derrière les protocoles : des hommes et des femmes convaincus que la recherche peut changer la donne.
Comment y aller
Brazzaville se rejoint en deux heures de vol depuis Libreville ou Douala. L’aéroport international Maya-Maya se situe à quinze minutes du centre-ville en taxi. Les Journées scientifiques se tiennent chaque octobre sur le campus de l’Inrsiit, à proximité du stade Alphonse-Massamba-Débat. Entrée libre, badge obligatoire.
À savoir
Créé en 2023, l’Inrsiit fédère six départements, du génie chimique à la robotique. Les Journées scientifiques et technologiques ambitionnent de devenir annuelles. L’édition inaugurale a enregistré 350 inscrits, dont des chercheurs du Cameroun et de la République centrafricaine, signe de l’attractivité régionale croissante du pôle brazzavillois.
Impact & solutions
Les recommandations finales appellent à un fonds national consacré à l’innovation verte, à des bourses pour chercheurs émergents et à l’ouverture d’un fab-lab dédié à l’agro-transformation. Si elles sont suivies, ces mesures pourraient accélérer la création de start-ups, réduire le gaspillage alimentaire et renforcer la sécurité nutritionnelle.
Regards vers l’horizon
En clôturant la rencontre, Rigobert Maboundou salue « l’intelligence collective qui fait germer des réponses adaptées à nos réalités ». Les applaudissements résonnent comme une promesse : celle d’un Congo qui mise sur la connaissance pour transformer son immense or vert en prospérité partagée, au bénéfice des générations futures.





