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Brazzaville au cœur de la coopération agricole

Sous les manguiers enfin verdoyants du quartier Plateau, une vingtaine d’experts ont déployé cartes, ordinateurs et plans d’action. Venus du Cameroun, du Tchad, du Gabon, de la RCA, de la RDC et du Congo, ils portent l’ambition d’unir la recherche agricole régionale.

« Nous voulons bâtir des réponses communes face aux aléas climatiques », explique Jean Louis Mihindou Doukaga, président général du Pôle Régional de Recherche Appliquée au Développement des Systèmes Agricoles d’Afrique Centrale, en lançant l’atelier du 25 au 30 octobre.

Un atelier pour passer de l’idée au projet

Dans la salle climatisée du ministère de l’Agriculture, les participants alternent formations express sur le montage de dossiers et séances de réécriture collective. Chaque projet doit contenir un diagnostic, un budget sur trois ans et des indicateurs de durabilité prouvant son impact auprès des petits producteurs.

L’équipe cacao affine un protocole de lutte biologique contre la chenille foreuse, tandis que le groupe riz redessine une carte des bas-fonds inondables à valoriser par des semences tolérantes à la submersion. Les projets doivent être prêts pour la table ronde des bailleurs, annoncée pour début 2026.

Financer l’innovation, un défi partagé

Le Prasac espère décrocher quinze millions d’euros sur trois ans. La Banque africaine de développement, la FAO et plusieurs coopérations bilatérales figurent déjà sur la short-list des partenaires identifiés. Reste à prouver la maturité technique des propositions et leur complémentarité avec les plans nationaux.

« Les bailleurs veulent des preuves, pas des intentions », rappelle la spécialiste en suivi-évaluation Sonia Mbembo, qui incite les porteurs à intégrer des courbes chiffrées sur la réduction des importations de légumes ou la hausse des revenus paysans.

Compétences locales en renfort

Pour renforcer la légitimité scientifique, les universités Marien-Ngouabi, de Dschang et de N’Djamena ont dépêché des doctorants en agronomie tropicale. Leur rôle : vérifier les références bibliographiques et s’assurer que les protocoles expérimentaux respectent les normes éthiques.

« Impliquer les jeunes chercheurs garantit le transfert de savoirs et la continuité des projets », souligne la professeure congolaise Irène Makoundou, qui pilote le volet apiculture durable.

À savoir

Créé en 2001, le Prasac agit comme bras technique de la CEEAC pour les questions agricoles. Sa gouvernance tournante assure à chaque pays membre la présidence pour deux ans. Le siège administratif demeure à N’Djamena, tandis que les ateliers thématiques circulent entre capitales.

Impact & solutions

Les projets validés entendent introduire 120 variétés climato-résilientes, former 3 000 agriculteurs et réhabiliter 2 000 hectares de bas-fonds. Un module de suivi satellitaire mesurera en temps réel les gains de fertilité des sols. Ces données nourriront la plateforme open source mise à disposition des ministères.

Des retombées pour les communautés

Dans le district de Mindouli, la coopérative féminine Ngongo testera dès juin prochain un kit de transformation de manioc économe en bois-énergie. Les premières farines panifiables pourraient arriver sur les marchés de Pointe-Noire avant la fin de l’année, réduisant les importations de blé.

La diplomatie verte en marche

Au-delà des sciences, l’atelier sert de laboratoire diplomatique. Autour des pauses café, techniciens et décideurs échangent sur la Zone de libre-échange continentale et la certification carbone des agroforêts. La CEEAC y voit une occasion de promouvoir un label régional aligné sur l’Accord de Paris.

Une méthode éprouvée depuis 2025

Le Conseil scientifique virtuel tenu du 2 au 3 octobre 2025 avait recommandé d’élargir le portefeuille de projets. Deux ans plus tard, ces recommandations se matérialisent en fiches détaillées, chacune assortie d’un plan de gestion des risques climatiques et sociaux, gage de sérieux pour les partenaires.

Des résultats attendus dès 2027

Le calendrier propose une évaluation intermédiaire en 2027. À cette date, le Prasac vise une hausse de 20 % des rendements de maïs chez les exploitants pilotes et la création de cinq start-up agrotech locales capables de vulgariser les innovations.

Une dynamique inclusive

Les chercheurs insistent sur la parité : 45 % des porteurs de projets sont des femmes. « Cette mixité enrichit la recherche d’idées neuves et de pratiques ancestrales souvent portées par les mères de famille », reconnaît le sociologue tchadien Abakar Mahamat.

L’inclusion passe aussi par la traduction de certains documents de travail en sango, lingala et fang, afin de faciliter la consultation par les organisations paysannes régionales.

La suite du calendrier

Après la validation en plénière, les documents voyageront vers N’Djamena pour une dernière harmonisation juridique. Puis un dossier complet sera envoyé aux bailleurs quatre semaines avant la table ronde. L’objectif est de conclure les premiers protocoles de financement avant le second trimestre 2026.

Brazzaville, incubateur d’avenir

En refermant leurs ordinateurs, les participants se disent confiants. Les ruelles animées de Poto-Poto résonnent déjà des promesses d’une agriculture plus résiliente et créatrice d’emploi. Le Prasac, fort de son nouveau portefeuille, compte faire de Brazzaville un point nodal de l’innovation verte en Afrique centrale.

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