| Économie

Des zones protégées devenues pépinières d’avenir

Depuis les berges tranquilles de la Likouala, la Zone agricole protégée de Ngoko a troqué les cultures vivrières dispersées contre un terrain d’expérimentation grandeur nature. Ici, les jeunes testent des semences adaptées, apprennent la micro-irrigation et repartent avec un business-plan taillé pour le climat local.

À 40 kilomètres, la ZAP d’Ondzi déroule le même scénario, nourrie par une terre argileuse prisée des cacaoculteurs. Les mêmes serres tunnel poussent, les mêmes experts circulent, mais chaque parcelle raconte une ambition: transformer le potentiel rural en emplois verts durables.

ZAP de Ngoko : capitaliser le fleuve et la forêt

Le site de Ngoko borde une mosaïque de forêt secondaire et de marécages. Les formateurs y insistent sur l’agro-écologie: compost à base de jacinthe aquatique, replantation d’arbres corridor, ruches pilotes pour polliniser et sécuriser le miel local, valorisé sur les marchés d’Owando.

« Nous voulons prouver que l’agriculture peut protéger la forêt plutôt que l’ouvrir à l’orpaillage », confie Doris Massengo, ingénieur agronome chargé du suivi. Ses stagiaires apprennent à calculer l’empreinte carbone de chaque culture avant d’obtenir le label local Bas-Carbone Cuvette.

Ondzi : cacao, manioc et high-tech rurale

Dans le district voisin, Ondzi s’est offert un laboratoire post-récolte. Les fèves de cacao fermentent dans des caisses connectées à des capteurs de température conçus par des étudiants de l’INSP. Une appli mobile alerte le chef d’exploitation dès qu’une dérive menace les arômes.

Le manioc n’est pas oublié. Séchés sur claies solaires, les tubercules sont broyés en gari puis conditionnés sous vide. Ce procédé, mis au point avec la FAO, triple la durée de conservation et ouvre aux agriculteurs la porte des supermarchés de Brazzaville.

Jeunesse et créativité, cœur du FHIC

C’est dans cette dynamique que le Forum Horizon Initiative et Créativité a tenu sa sixième édition à Owando. Devant un amphithéâtre comble, Joël Abel Owassa Yaucka a salué « l’énergie contagieuse » des porteurs de projet, rappelant que 70 % des Congolais ont moins de 30 ans.

Au premier rang, Serges Ikiemi et Blaise Ambeto ont débattu du rôle des ZAP dans la sécurité alimentaire nationale. Leur message est clair : offrir aux jeunes un terrain légal, des titres fonciers sécurisés et un accompagnement financier via le Fonds d’impulsion, de garantie et d’accompagnement.

La success-story la plus applaudie fut celle d’Amanda Bouya. Son atelier familial, installé à Makoua, presse une huile de palme artisanale filtrée au charbon actif puis la réinjecte dans des tablettes de chocolat noir 70 %. Elle projette une chocolaterie moderne d’ici douze mois.

Impact & solutions

Selon la direction générale de la formation qualifiante, 312 jeunes ont déjà suivi un cycle complet dans les deux ZAP. Le taux d’insertion atteint 64 %, un record régional. Les autorités espèrent dépasser 80 % grâce à de nouvelles lignes de crédit vertes négociées avec la BAD.

Sur le plan sanitaire, le ministre Jean Rosaire Ibara a profité du forum pour annoncer un futur Code général d’hygiène. En nettoyant les espaces urbains et ruraux, ce texte, actuellement en consultation, doit réduire les maladies hydriques et améliorer la qualité des produits agricoles.

Les formateurs insistent sur les itinéraires techniques sobres en intrants. À Ngoko, l’usage de biofertilisants a déjà divisé par deux les coûts de production, selon Auxence Léonard Okombi. Ce gain se répercute sur les prix, rendant plus accessible une alimentation saine aux familles urbaines.

Comment y aller

Depuis Brazzaville, un vol quotidien dessert l’aéroport d’Ollombo, à une heure de piste goudronnée d’Owando. Des taxis collectifs poursuivent vers Ngoko et Ondzi. En saison des pluies, privilégiez la route nationale N2 récemment réhabilitée, plus régulière que la voie fluviale parfois suspendue.

Les visiteurs peuvent loger chez l’habitant ou au petit hôtel municipal. Les réservations se font auprès de la mairie d’Owando, qui centralise aussi les guides spécialisés en agro-tourisme. Comptez 15 000 FCFA la nuitée et un supplément pour la visite des parcelles expérimentales.

À savoir

Les zones agricoles protégées sont régies par le décret 2019-227, prévoyant un bail de 25 ans renouvelable pour les bénéficiaires. Les candidats doivent justifier d’un plan de gestion environnementale et d’un apport personnel de 10 % du capital nécessaire à l’exploitation.

La cacaoculture et le palmier à huile restent soumis à l’interdiction de brûlis. Tout contrevenant encourt la révocation de son bail. Les graines certifiées peuvent être obtenues auprès de l’Institut national de recherche agronomique, présent avec un comptoir mobile chaque mardi.

Pour les porteurs de projet, le Fonds d’impulsion, de garantie et d’accompagnement examine les dossiers chaque trimestre. Le plafond actuel de prêt s’élève à 20 millions FCFA, remboursables sur cinq ans à un taux préférentiel de 5 %.

Les organisateurs du FHIC promettent déjà une septième édition axée sur le numérique agricole et la commercialisation en ligne. De Ngoko à Ondzi, l’espoir prend racine, prouvant qu’entre biodiversité préservée et appétit entrepreneurial, le compromis congolais est bel et bien possible.

Comments are closed.