Brazzaville donne le ton
Le tonnerre des applaudissements a résonné sous les lustres du Centre international de conférence de Brazzaville. Devant des chercheurs venus de huit pays, le Premier ministre Anatole Collinet Makosso a dévoilé le Réseau pour la recherche sur la transition énergétique en Afrique centrale, le ReTEAC.
Cette plateforme, pilotée depuis le Centre d’excellence d’Oyo, promet de transformer les laboratoires dispersés de la sous-région en une communauté soudée. Objectif affiché : alimenter villages et zones industrielles avec une énergie propre, accessible et adaptée aux réalités du Bassin du Congo.
Un réseau panafricain piloté depuis Oyo
Le Centre d’excellence d’Oyo, niché au bord de l’Alima, n’est pas qu’un campus. Ses salles servent de vitrines à des turbines miniatures imprimées en 3D et à des batteries solaires conçues pour l’humidité équatoriale. C’est ici que s’orchestreront les projets communs du ReTEAC.
Financé intégralement par l’Union européenne, avec l’appui de l’ONUDI et du CEREEAC, le réseau dispose d’un budget initial de dix-huit millions d’euros pour quatre ans. La moitié sera consacrée aux installations pilotes : pompes à eau solaires, micro-barrages et tableaux de bord numériques.
« Nous voulons passer de la théorie aux solutions tangibles », a expliqué le professeur Grâce Nkoua, coordinateur scientifique. Le ReTEAC établira des bancs d’essai partagés : un doctorant gabonais pourra tester son algorithme sur une éolienne camerounaise sans quitter son laboratoire virtuel.
Capacités locales, visions régionales
La sous-région dispose d’un potentiel hydraulique de soixante-quinze gigawatts, peu exploité faute de compétences et de financements coordonnés. En regroupant les universités de Kintélé, Marien-Ngouabi, Douala et Bujumbura, le ReTEAC entend combler le fossé entre ingénieurs, économistes et décideurs publics.
Le président de la Commission de la CEEAC, Ezéchiel Nibigira, l’a rappelé : « Quatre habitants sur dix n’ont toujours pas la lumière chez eux. Notre réponse passera par la science, pas par le hasard. » L’accent sera mis sur les zones rurales délaissées.
Recherche appliquée, métiers d’avenir
À Oyo, un hall sera dédié à la formation accélérée d’artisans en installation solaire. Selon le ministère de l’Enseignement supérieur, près de six mille techniciens devront être formés d’ici 2027 pour accompagner les projets d’électrification et assurer la maintenance des nouveaux équipements.
Des bourses cofinancées par l’UE offriront aux étudiantes des quotas réservés, afin d’augmenter la place des femmes dans l’ingénierie électrique. « Sans inclusion, la transition restera lettre morte », insiste la Dr Mireille Mbemba, responsable genre du projet, elle-même diplômée en génie des matériaux.
Diplomatie énergétique et coopération UE-CEEAC
Le Congo, déjà hôte du Fonds Bleu pour le Bassin du Congo, consolide ainsi son rôle de pont entre partenaires internationaux et acteurs locaux. Le ReTEAC sert de plate-forme neutre où gouvernements, bailleurs et start-up règlent détails techniques loin des tensions géopolitiques.
À Bruxelles, le commissaire européen Jutta Urpilainen a salué « un exemple concret de Global Gateway ». Sur place, les diplomates rappellent que chaque euro investi devra générer des retombées mesurables : réduction d’émissions, emplois qualifiés et hausse de la production agricole grâce à l’irrigation électrique.
Comment y aller
Brazzaville est desservie quotidiennement par la compagnie nationale Equaflight et plusieurs transporteurs régionaux. Depuis l’aéroport Maya-Maya, la route nationale vers Oyo traverse la Cuvette en six heures, suivant le cours majestueux de l’Alima. Des taxis-brousse partent chaque matin devant la gare de Talangaï.
Les chercheurs étrangers doivent solliciter un visa scientifique auprès des ambassades congolaises. Le formulaire inclut désormais un engagement environnemental, encourageant les visiteurs à compenser leur empreinte carbone via des programmes de reboisement pilotés par le ministère de l’Économie forestière.
À savoir
Le ReTEAC fonctionnera selon un modèle open-data : toutes les publications seront déposées sur une plateforme publique hébergée à Oyo. Les brevets issus des travaux communs garderont une clause de licence humanitaire, garantissant aux États à faible revenu un usage gratuit des technologies.
Un comité d’éthique supervisera l’intégration des communautés locales. Avant l’installation d’une micro-centrale, un dialogue sera ouvert avec les chefferies traditionnelles pour identifier les usages de l’eau, protéger les lieux sacrés et prévoir des formations pour les opérateurs villageois.
Impact & solutions
Les calculs du CEREEAC estiment que les projets issus du ReTEAC pourraient éviter sept millions de tonnes de CO2 d’ici 2035, l’équivalent des émissions annuelles de Libreville et Pointe-Noire réunies. Les premiers résultats seront mesurés grâce à des capteurs installés sur chaque prototype.
L’accès fiable à l’électricité favorisera la création de petites usines de transformation agricole, réduisant les pertes post-récolte. Dans les dispensaires, les frigos solaires prolongeront la conservation des vaccins. Autant de co-bénéfices qui s’ajoutent à la diminution des générateurs diesel bruyants.
Le Premier ministre résume la philosophie du projet : « La transition doit être juste, elle ne peut laisser personne dans le noir. » En soutenant ReTEAC, Brazzaville souligne sa confiance dans la science pour bâtir un avenir à la fois prospère et bas-carbone.
Un audit indépendant sera publié chaque année, comparant les objectifs et les livraisons. Les résultats, positifs ou critiques, seront discutés publiquement lors d’un forum tournant entre les capitals de la CEEAC. Une manière de lier transparence citoyenne et efficacité technique.
Si les promesses se concrétisent, l’initiative fera école au-delà d’Afrique centrale, confirmant que la transition énergétique peut naître d’un dialogue équilibré entre villageois, chercheuses et responsables politiques. Une piste lumineuse qui part d’Oyo pour éclairer tout un continent.




