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Défi climatique Sud-Sud

À Belém, la capitale amazonienne, une poignée de dirigeants dessine une nouvelle carte de la diplomatie verte. Sidi Ould Tah, fraîchement élu à la tête de la Banque africaine de développement, a serré la main de Luiz Inácio Lula da Silva en amont du Belém Climate Summit 2025.

Leur poignée de main incarne une ambition partagée : libérer des financements climatiques pensés par le Sud global pour le Sud global. Les délégations qui affluent des deux hémisphères espèrent qu’un nouveau récit émergera, moins dépendant des promesses nordistes toujours lentes à se concrétiser.

Deux poumons verts, un même souffle

L’Amazonie et le bassin du Congo abritent ensemble plus de vingt pour cent du carbone terrestre stocké dans les forêts. Ces deux mosaïques d’arbres, de fleuves et de voix autochtones respirent pour toute la planète, régulant les cycles d’eau et de chaleur.

« Nous sommes les gardiens de poumons verts complémentaires », a résumé Lula, rappelant qu’aucun corridor écologique n’est une affaire strictement nationale. Le Congo-Brazzaville, en amont de l’Oubangui, partage déjà des images satellites avec le Brésil pour affiner la surveillance des feux.

Le fonds Tropical Forest Forever

Le Belém Climate Summit doit lancer officiellement le fonds Tropical Forest Forever, annoncé comme un « bouclier financier » pour les grands massifs forestiers. Le principe est simple : rémunérer les États et communautés qui maintiennent la couverture forestière au-dessus d’un seuil défini.

Doté initialement de dix milliards de dollars, le mécanisme devra attirer les marchés volontaires du carbone, mais aussi les budgets publics désireux de prouver un impact concret. La BAD veut en être l’architecte africain, forte de son expérience dans les véhicules de financement mixte.

Opportunités pour le bassin du Congo

Pour les parcs congolais d’Odzala, de Nouabalé-Ndoki ou de Conkouati-Douli, l’annonce est perçue comme une bouffée d’oxygène. Les gestionnaires parlent déjà d’étendre les patrouilles fluviales et d’appuyer les coopératives féminines de noix d’argan ou de miel forestier.

Selon Aristide Ongou, écologue à l’Université Marien-Ngouabi, la stabilité financière peut réduire la caça illégale de soixante pour cent en trois ans. « Chaque ranger supplémentaire change la donne, mais leur salaire doit être garanti sur la durée », rappelle-t-il.

Brazzaville mise aussi sur la science participative. Des jeunes formés par l’Agence congolaise de la faune testent des smartphones durcis capables de géolocaliser les cris d’éléphants. Les données rejoindront la plateforme panafricaine financée par la BAD pour orienter le nouveau fonds.

Comment y aller

Des vols directs relient Brazzaville à Belém via São Paulo deux fois par semaine avec une escale courte. Un visa électronique brésilien suffit pour les ressortissants congolais, tandis que la fièvre jaune reste exigée à l’embarquement.

À savoir

Le sommet se tient au cœur de la saison sèche amazonienne, entre mai et novembre. Les températures oscillent autour de 30 °C, mais l’humidité peut surprendre ; prévoyez des vêtements légers à manches longues pour éviter moustiques et coups de soleil.

Impact & solutions

Le dispositif Tropical Forest Forever prévoit de verser les fonds directement sur des comptes sécurisés, gérés conjointement par l’État, la société civile et la BAD. Cette gouvernance tripartite veut assurer transparence et redevabilité, conditions exigées par les investisseurs.

Côté terrain, les communautés reçoivent des micro-subventions pour des projets d’agroforesterie et d’écotourisme. Tous les six mois, un audit carbone indépendant mesure la couverture végétale, libérant ou suspendant les décaissements selon les résultats.

Pour la République du Congo, l’enjeu dépasse la biodiversité : il s’agit aussi d’emplois ruraux, de stabilité alimentaire et de rayonnement diplomatique. Les équipes du ministère de l’Économie forestière espèrent capter au moins 300 millions de dollars sur cinq ans.

« La finance doit enfin récompenser ceux qui protègent », insiste Sidi Ould Tah, évoquant l’expérience pilote du parc Nouabalé-Ndoki. L’année dernière, une prime carbone y a permis de financer des bourses scolaires et une maternité solaire pour trois villages riverains.

Belém n’est qu’une étape, mais elle change le tempo. En mettant Amazonie et Congo dans la même phrase, les leaders du Sud global rappellent que la solution climatique aura un accent bantou aussi bien que portugais. Le monde entier écoute, respirant un peu mieux.

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