Brazzaville accueille un débat foncier inédit
Sous la canopée humide d’octobre, la grande salle de la FAO à Brazzaville résonne d’accents bantous, forestiers et pygmées. Durant trois jours, 70 délégués de huit pays partagent cartes, chants et inquiétudes pour un même sujet : la terre ancestrale.
Le Réseau régional des peuples autochtones d’Afrique centrale, Repaleac, et la FAO animent cet atelier stratégique du 29 au 31 octobre 2025. Objectif assumé : consolider les droits fonciers coutumiers pour que développement local et ambitions climatiques avancent main dans la main.
Les terres autochtones, rempart de biodiversité
Sur les plateaux, les Pygmées Baka montrent encore l’empreinte de l’éléphant dans la boue, preuve vivante d’une forêt préservée. Les études présentées rappellent que la biodiversité est deux fois plus riche dans les territoires coutumiers que dans certaines réserves officielles.
« La forêt est notre pharmacie et notre école », insiste Joseph Itongwa Mukumo, coordonnateur régional du Repaleac. Les participants alertent : sans titre légal, ces paysages risquent l’expropriation, la déforestation et l’exploitation minière, autant de menaces pour le climat et les cultures.
Cartographie participative : dessiner l’invisible
Au mur, une carte satellite quasi vierge laisse place aux feutres colorés des aînés. Villages oubliés, lieux sacrés, pistes de cueillette : tout surgit grâce à la mémoire orale. Cette cartographie participative, premier jalon, doit appuyer les futures demandes de certificats fonciers.
La FAO promet un appui technique pour géolocaliser 300 000 hectares avant 2027. Les données serviraient aussi aux autorités congolaises pour planifier routes et aires protégées sans rogner les terroirs villageois, une démarche saluée par les observateurs présents.
Voix locales, défis partagés
Jeanne Mapaga, déléguée fang venue du Gabon, raconte les nuits passées à protéger des cacaoyères familiales contre des bulldozers. « La loi parle peu de nous, mais la forêt parle pour nous », confie-t-elle, émue, sous les applaudissements des jeunes leaders.
Tous s’accordent sur la nécessité d’un dialogue permanent avec les administrations. L’État congolais, par la voix d’un représentant du ministère des Affaires foncières, assure déjà travailler à un décret simplifié pour reconnaître l’usage coutumier collectivement, un signal d’ouverture salué par les ONG.
Repaleac prévoit de former cent parajuristes communautaires afin d’accompagner les dossiers. Ces conseillers, souvent bilingues français-lingala, traduiront la procédure et veilleront à l’équité genre, point souvent ignoré dans les législations rurales.
Comment y aller
Les visiteurs qui souhaiteraient rencontrer le Repaleac peuvent prendre un vol régulier vers l’aéroport de Brazzaville-Maya-Maya, puis un taxi-compteur jusqu’au siège de la FAO, avenue des Trois-Martyrs. Les formalités de visa sont simplifiées pour les ressortissants de la CEMAC grâce au nouveau e-visa.
La saison sèche, de juin à septembre, demeure la période la plus agréable pour parcourir les quartiers historiques de la capitale et engager des entretiens sur le terrain, loin des fortes pluies qui coupent parfois les routes bordant le fleuve Congo.
À savoir
Repaleac, créé en 2014, fédère 120 organisations communautaires réparties sur dix pays. Au Congo-Brazzaville, il collabore avec le Haut-Commissariat aux droits de l’homme pour documenter les litiges fonciers et avec les médias locaux pour valoriser les projets de jardins scolaires agro-écologiques.
L’atelier d’octobre a reçu le soutien financier du programme ONU-REDD. Les résultats seront partagés lors de la COP 30. Un rapport illustré, incluant des photographies de Clara N’Zala, doit paraître en ligne, librement accessible, avant la fin du premier trimestre 2026.
Impact & solutions
Si le calendrier annoncé tient, dix-huit collectivités pourraient recevoir un certificat foncier collectif dans les deux prochaines années. À terme, cela protégerait 1,2 million d’hectares et stockerait environ 160 millions de tonnes de carbone, selon les estimations croisées FAO-CIFOR.
Dans les villages pilotes, des micro-fonds seront débloqués pour encourager l’apiculture durable et la transformation du manioc, créant ainsi des revenus réguliers. « Protéger la terre, c’est aussi nourrir nos enfants », résume le chef Bantu Tangu-Louemba, désignant des ruches flambant neuves.
En soutenant la reconnaissance coutumière, le Congo-Brazzaville renforce son image d’acteur régional engagé pour la forêt du Bassin du Congo. Les partenaires internationaux saluent cette trajectoire qui allie souveraineté nationale, prospérité locale et responsabilité climatique.
Dans la moiteur de Brazzaville, les derniers applaudissements retombent. Sur la table, les cartes fraîchement annotées promettent une géographie plus juste. Reste à transformer l’encre et la volonté en titres fonciers, pour que la forêt chante longtemps encore sous la pluie.

