Belém accueille la voix du Congo
Au bord de la baie du Guajará, Belém a vibré du 10 au 22 novembre 2025 au rythme de la COP30. Parmi les 190 délégations, celle du Congo-Brazzaville a attiré les caméras, portée par le président Denis Sassou Nguesso et son rang de champion des forêts tropicales.
Sa présence s’inscrit dans une trajectoire diplomatique cohérente : initiative du Fonds bleu pour le bassin du Congo, loi historique protégeant les peuples autochtones et, depuis décembre, adoption par l’ONU de la Décennie mondiale du boisement 2027-2036, proposée par Brazzaville.
Un plaidoyer enraciné dans la forêt du Bassin
À la tribune le 6 novembre, Denis Sassou Nguesso a rappelé que l’Afrique centrale émet moins de 4 % des gaz à effet de serre mais stocke un tiers du carbone mondial dans ses tourbières. « Nous préservons un bien commun, appuyons-nous davantage », a-t-il lancé.
Le chef de l’État a défendu une rémunération juste des services écosystémiques, sans opposer développement et nature. Il a invité les nations industrielles à mobiliser 1 300 milliards de dollars annuels d’ici 2035, comme esquissé dans le texte final de Belém.
Faute d’accord sur la sortie programmée des énergies fossiles, le président a mis l’accent sur les transitions « justes et volontaires », insistant sur l’accès à l’énergie propre pour les villages riverains du fleuve Congo.
Michel Innocent Peya, l’expert-écrivain plébiscité
Dans les couloirs du Hangar das Nações, les accrédités cherchaient la dernière édition de « Bilan vert ». Son auteur, Michel Innocent Peya, multipliait panels et dédicaces. « Je mets la science au service d’une cause, pas d’un pays », confiait-il, sourire modeste.
Ses analyses reviennent sur les 29 premières COP, détaillant succès et angles morts. L’ouvrage a servi de support à plusieurs négociations informelles, confirmant le statut d’expert qu’il avait déjà acquis lors des COP26 et 27.
Le ministre congolais de la Justice, Aimé Ange Wilfrid Bininga, résumait l’engouement : « À Belém, j’ai compris que Michel n’est plus seulement notre compatriote, il appartient à la communauté climatique mondiale. »
Finance climatique et solidarité Sud-Sud
Belém a acté l’opérationnalisation du Fonds pour pertes et dommages et posé les premiers jalons d’un Fonds de 5,5 milliards de dollars dédié aux forêts tropicales, dont 20 % reviendront aux communautés autochtones. Brazzaville soutient ce mécanisme proposé par Brasilia.
Le Congo envisage de flécher sa part vers des programmes d’agroforesterie et de crédits carbone communautaires le long de la Sangha. Ces projets pourraient générer des revenus locaux tout en maintenant le couvert forestier.
Les experts saluent cette dynamique Sud-Sud : Amazonie, Congo et Bornéo partagent désormais un agenda commun sur la protection des grands bassins tropicaux, invitant le Nord à accompagner plutôt qu’imposer.
Comment y aller
Belém se rejoint depuis Brazzaville via São Paulo, avec une correspondance quotidienne. Le visa brésilien s’obtient en moins d’une semaine. Pour les prochaines COP, la délégation congolaise recommande d’arriver trois jours avant l’ouverture, afin d’anticiper les contrôles sanitaires.
À savoir
Le centre de conférences de Belém impose une empreinte carbone maximale de 3 tonnes CO₂ par participant. Les délégations ont dû compenser par l’achat de crédits certifiés, option offerte par l’Initiative Congo Carbon.
Les repas servis étaient majoritairement végétariens. Des spécialités du bassin amazonien, comme le tacacá, côtoyaient le saka-saka congolais, symbole d’un dialogue gastronomique entre forêts équatoriales.
Impact & solutions
De retour à Brazzaville, le gouvernement prévoit d’accélérer le Programme national d’afforestation, avec 40 000 hectares supplémentaires dès 2026. Une pépinière pilote a ouvert à Makoua, soutenue par l’Agence française de développement.
Le succès médiatique de Michel Innocent Peya entretient l’élan. Ses livres seront traduits en lingala et en anglais pour sensibiliser la jeunesse. « La bataille climatique se gagnera dans les salles de classe », avance-t-il.
Si la COP30 laisse des questions en suspens, l’image d’un Congo porteur de solutions sort renforcée. La diplomatie verte congolaise, articulée autour du président Denis Sassou Nguesso, poursuit le même cap : protéger la forêt tout en créant de nouvelles opportunités économiques.





