Brazzaville au cœur d’une gouvernance repensée
Sous les lambris clairs du ministère de l’Économie forestière, la 22ᵉ session du Comité conjoint de mise en œuvre vient de refermer ses dossiers. En trois jours, les délégués congolais et européens ont balayé l’ensemble du partenariat APV-FLEGT, décidés à relancer l’exemple congolais sur le continent.
« Notre forêt doit demeurer un moteur de développement et non un foyer de controverses », a lancé la ministre Rosalie Matondo en ouverture. Face à elle, Anne Marchal, ambassadrice de l’Union européenne, a salué « la résilience d’un accord précurseur qui conjugue commerce et préservation ».
Des progrès tangibles depuis 2013
Signé en 2010 et opérationnel depuis 2013, l’accord a déjà permis l’homologation de plus de 2 000 titres d’exploitation légale, selon le dernier rapport d’audit indépendant. Les revenus forestiers fléchés vers les collectivités locales ont augmenté de 18 % en dix ans, stimulant écoles, dispensaires et pistes rurales.
Le nouveau plan d’action 2024-2028 vise à confirmer ces gains. Il précise des objectifs clairs : délivrer les premiers certificats de légalité avant fin 2024 et porter à 90 % la traçabilité numérique des cargaisons sortant des ports de Pointe-Noire et d’Impfondo.
Un outil numérique au service de la transparence
Au centre des discussions, le système informatisé de vérification de légalité, encore en phase pilote, s’offre des ajustements techniques. Les équipes congolaises finalisent un module d’émission automatisée des permis de coupe. Objectif : éviter les doublons administratifs et réduire les délais de délivrance à moins de dix jours.
« La plateforme doit dialoguer avec la douane, la navigation fluviale et même les satellites », explique Jean-Claude Okemba, ingénieur forestier. À terme, chaque grume disposera d’un QR code retraçant son origine, sa route et son acheteur.
Code forestier révisé : vers l’aménagement simplifié
La loi 33-2020, pierre angulaire du nouveau code forestier, introduit la notion d’aménagement simplifié pour les concessions de moins de 50 000 hectares. Les directives, en cours de finalisation, offriront aux petites et moyennes entreprises une feuille de route claire pour concilier rentabilité et conservation.
Le CCM a insisté sur la nécessité d’associer les communautés riveraines aux plans d’aménagement. Dans le district de Tsiaki, un projet pilote teste déjà des comités villageois de suivi, avec des retours jugés « prometteurs » par l’ONG Initiative Développement.
Une session annuelle dès 2026
Pour gagner en efficacité, le Congo et l’UE n’organiseront plus qu’une session plenary par an à partir de 2026. Les groupes thématiques, eux, continueront de se réunir trimestriellement par visioconférence. Cette rationalisation libérera des moyens pour les missions de terrain et les audits surprise.
« Nous souhaitons consacrer moins de temps à la paperasse et davantage à la forêt réelle », résume Anne Marchal.
Témoignages du terrain
Dans la scierie de Pokola, Arsène Mombouli, chef d’atelier, confirme que la demande européenne pousse les opérateurs à mieux se conformer. « La traçabilité électronique nous protège : sans code, pas d’embarquement. C’est plus de travail, mais aussi plus de stabilité pour nos ouvriers. »
Du côté des communautés bantoues de Ngombé, Mama Augustine, vendeuse de manioc, note déjà un changement : « Les routes entretenues par la compagnie m’épargnent deux heures de marche. En échange, on surveille qu’ils ne dépassent pas les limites convenues. »
Déforestation importée : l’Europe serre la vis
Le règlement européen sur la déforestation, effectif depuis le 30 décembre, impose aux importateurs de prouver que leurs produits n’ont pas contribué à la perte de couvert forestier. L’APV-FLEGT sert de tremplin au Congo pour répondre à ces exigences et maintenir l’accès à un marché crucial.
Les exportateurs se préparent à fournir des données spatiales haute résolution. L’Agence congolaise d’observation spatiale a, pour cela, signé un protocole avec l’Agence européenne Copernicus.
Comment y aller
Les concessions témoins se situent à une journée de route de Brazzaville via la RN2, puis trois heures de piste. Des transports collectifs relient quotidiennement Owando et Makoua. En saison sèche, un petit avion affrété par Eco-Tour Congo relie également la base de Ngombé.
À savoir
Les autorisations de reportage en zone forestière doivent être déposées quinze jours avant le départ auprès de la direction départementale des Forêts. Les visiteurs doivent présenter un certificat de vaccination contre la fièvre jaune et prévoir des vêtements anti-moustiques. La couverture téléphonique reste limitée au réseau 3G dans les camps.
Impact & solutions
Selon le cabinet Trase, un certificat FLEGT réduit de 46 % le risque de déforestation rattaché à un container de bois. Pour amplifier cet impact, les ONG recommandent d’étendre le système de vérification aux produits non ligneux comme la noix d’Okoumé et le miel sauvage, moteurs d’une économie forestière diversifiée.
Le gouvernement travaille déjà à un label « Congo Biodiversité » susceptible de valoriser ces filières. L’Union européenne envisage un appui technique via son programme ECOFAC.





