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Brazza la verte : un rêve qui prend forme

Il est à peine sept heures, mais l’avenue Edith-Lucie-Bongo bourdonne déjà. Balais à la main, commerçants, élèves et militaires dégagent les caniveaux. « Nous devons redonner de la fierté à notre ville », glisse Juste Désiré Mondelé, ministre de l’Assainissement urbain, tout sourire au milieu des bénévoles.

L’initiative remonte à plusieurs mois : consacrer le premier samedi à l’assainissement. Loin d’être un simple coup de peinture, l’opération traduit la volonté présidentielle de faire renaître « Brazza la verte », référence affectueuse à la capitale d’antan, arborée et respirable.

Trottoirs dégagés, citoyens libérés

Du rond-point Poto-Poto à Ebina, les trottoirs longtemps occupés par des étals improvisés sont redevenus praticables. Les piétons saluent la nouveauté : « On peut enfin marcher sans zigzaguer entre marmites et pagnes », sourit Mireille, couturière de Talangaï qui profite aussi d’un regain de clients.

À mi-chemin, le ministre observe les carreaux fraîchement lavés des boutiques. Il se dit « satisfait mais vigilant », car la difficulté n’est pas de nettoyer une fois, mais d’ancrer le geste au quotidien.

L’économie informelle sous la loupe

Reste la question qui fâche : que faire des vendeuses vivant de l’étalage de rue ? « L’économie informelle ne doit pas empêcher le respect des normes », rappelle Juste Désiré Mondelé. Pour lui, il s’agit moins de réprimer que d’organiser, en réaménageant des espaces sûrs et salubres.

Près du marché Bernard Kolelas, un terrain stabilisé attend déjà 300 étals. Pourtant, il peine à se remplir. Habituée du bitume, Mama Séraphine hésite : « Ici, les clients nous trouvent facilement. Là-bas, j’ai peur qu’ils se perdent ».

Vers une loi plus contraignante

Le gouvernement prépare une loi visant à rendre coercitif le nettoyage mensuel et à sanctionner les récidivistes. Soumise au secrétariat général, elle prévoit des amendes progressives et la fermeture temporaire des commerces insalubres. « Quand la règle est claire, tout le monde finit par jouer le jeu », insiste le ministre.

Des magistrats sont associés à la rédaction afin d’articuler sanctions et pédagogie. Le texte devrait être examiné par le Parlement lors de la prochaine session ordinaire, augurant un dispositif complet dès l’an prochain.

Santé publique et environnement gagnants

Selon le Dr Amédée Mouyabi, épidémiologiste à la faculté des sciences de Brazzaville, déboucher un caniveau réduit de moitié les risques de paludisme et de diarrhée infantile. « L’assainissement est notre premier vaccin », résume-t-il, convaincu que la propreté sauve plus de vies qu’on ne l’imagine.

La disparition des dépôts sauvages limite aussi les émissions de méthane, gaz à fort pouvoir de réchauffement. Moins de plastique brûlé, c’est un air plus respirable ; un argument de poids pour les ONG climatiques implantées le long du fleuve.

La voix des commerçants

Au marché Total, l’union des vendeurs a créé une caisse de solidarité pour acheter kits de balayage et bacs roulants. « Nous versons l’équivalent d’un café par jour et cela suffit », explique son président, Hyacinthe Mouana. Résultat : des allées nettoyées trois fois par semaine et des clients rassurés.

Le comité espère désormais des subventions municipales pour moderniser l’éclairage et installer des points d’eau. La mairie dit étudier un partenariat avec l’Agence française de développement, signe que les initiatives locales peuvent attirer des financements internationaux.

Les associations de marché interpellées

Certaines structures de gestion sont accusées de percevoir des frais sans contrepartie. « Nous allons auditer marché par marché », prévient le ministre, qui promet transparence et reddition de comptes. Les administrateurs fautifs pourraient perdre leur agrément.

Cet assainissement institutionnel se veut complémentaire du nettoyage physique : clarifier les flux financiers doit garantir l’entretien durable des infrastructures, au bénéfice direct des petits vendeurs et des consommateurs.

Comment y aller

Rendez-vous chaque premier samedi dès 6 h sur l’esplanade de la mairie d’arrondissement. Les volontaires reçoivent gants, sacs biodégradables et consignes de sécurité avant d’être dispatchés par zones. Les taxis et bus desservent le site sans supplément, un moyen simple de participer à l’élan civique.

À savoir

La campagne concerne les huit arrondissements de Brazzaville et les villages périphériques. Des points de collecte mobiles sillonnent les quartiers jusqu’à midi. Le projet de loi prévoit des amendes de 5 000 à 20 000 FCFA pour dépôt sauvage et 50 000 FCFA pour obstruction réitérée des trottoirs.

Impact & solutions

Depuis le lancement, 120 tonnes de déchets ont été évacuées et 18 km de caniveaux curés. Les autorités prévoient de transformer les déchets recyclables en pavés plastiques pour la voirie. L’Institut national de recherche forestière teste, lui, du compost issu des marchés pour les jardins publics.

À terme, la ville envisage une plateforme numérique où citoyens signaleront points noirs et suivront le volume de déchets collectés, gage de transparence et d’engagement partagé.

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