Libreville accueille la task-force alimentaire
Sous un ciel lourd d’harmattan, la salle de conférence de Libreville bourdonne depuis le 8 décembre. Plus de soixante statisticiens, économistes et agronomes venus du Cameroun, du Congo, du Gabon, de Guinée équatoriale, de Centrafrique et du Tchad échangent sur la même équation : comment mieux nourrir la sous-région.
Un chantier soutenu par la Banque mondiale
L’atelier, piloté par la Commission de la Cemac et financé par la Banque mondiale, bénéficie du soutien technique d’Afristat. Pendant cinq jours, les participants démêlent les flux de maïs, manioc ou poisson fumé pour bâtir un système intégré d’information alimentaire qui parlera enfin le même langage d’un pays à l’autre.
Pourquoi un bilan alimentaire annuel importe
Le bilan alimentaire éclaire l’équilibre entre production, importations, exportations et consommation. Avec cet outil, les autorités peuvent détecter un déficit de céréales à Pointe-Noire ou un surplus de bananes à Oyem avant que les marchés ne s’emballent. Il devient ainsi une boussole pour la sécurité et la souveraineté alimentaires.
La voix de Madior Fall
« Il faut inscrire la compilation des bilans au même rang que les comptes nationaux ; leur disponibilité oriente les politiques publiques », insiste Madior Fall, représentant d’Afristat. Son appel résonne dans une zone où un quart de la population reste exposée à l’insécurité alimentaire selon les derniers chiffres onusiens.
Méthode Shiny-FBS, le tableau de bord régional
Au cœur de la formation, l’application Shiny-FBS, développée par la FAO, transforme des colonnes de chiffres en graphiques lisibles. Stockages, pertes post-récolte ou calories par habitant s’affichent d’un clic. Les experts apprennent à renseigner, structurer puis valider chaque donnée pour éviter les angles morts statistiques.
Le regard congolais
Parmi les participants, Mireille Nguimbi de l’Institut national de la statistique du Congo souligne l’enjeu : « Avec ces outils, nous croiserons enfin la cartographie agricole de la Cuvette et les importations de riz, afin d’ajuster nos politiques d’appui aux coopératives rurales. » Une approche qui pourrait réduire les coûts logistiques et les pertes post-récolte.
Un coup de pouce face au climat détraqué
La sous-région, déjà frappée par des crues soudaines et des poches de sécheresse, dépend à plus de 40 % des importations céréalières. Pour Nicolas Beyeme Nguema, commissaire à la Cemac, « des statistiques fiables guideront les investissements en irrigation et semences résilientes, piliers de la transition agro-écologique ».
Du tableur à la prise de décision
Les délégations s’exercent à simuler un scénario : si la production de manioc baisse de 10 % au Congo, quelles quantités importer ? Le logiciel propose plusieurs combinaisons, intégrant calories, coût carbone et impact budgétaire. Autant d’arguments pour arbitrer rapidement entre stocks stratégiques et filières locales.
Vers une chaîne d’information continue
Les échanges révèlent aussi les faiblesses communes : retards de collecte, hétérogénéité des formats, accès limité à Internet. Les pays conviennent d’un calendrier de remontée mensuelle des données, accompagné d’un helpdesk régional hébergé à Yaoundé pour déboguer les bases en temps réel.
Cap sur Brazzaville
Le Congo compte déjà capitaliser sur la dynamique. Un protocole est envisagé pour connecter bientôt les relevés satellitaires de l’Agence congolaise d’observation spatiale avec le futur entrepôt de données Cemac. L’objectif : obtenir des estimations de rendement presque en direct et alerter les traders locaux avant toute flambée.
Comment y aller
Libreville est joignable en une heure de vol direct depuis Brazzaville ou Douala. Les formalités d’entrée pour les ressortissants Cemac restent allégées, passeport biométrique suffisant. Les taxis-compteurs relient l’aéroport Léon-Mba au centre-ville en vingt minutes, pratique pour les missions éclair.
À savoir
L’application Shiny-FBS est gratuite et multilingue. Elle fonctionne hors-ligne, un atout pour les zones à faible connexion. Les données partagées restent la propriété des États, condition fixée pour rassurer sur la souveraineté numérique.
Impact & solutions
En croisant météorologie, transport et nutrition, le futur système promet de réduire les importations de 15 % d’ici cinq ans tout en limitant l’empreinte carbone. Les organisateurs envisagent déjà une version mobile destinée aux coopératives pour signaler en temps réel les volumes disponibles sur les quais du fleuve Congo.





