Le Pool mise sur l’agro-entrepreneuriat
Sur les rives verdoyantes de Mindouli, dans le département du Pool, une centaine de petits producteurs ont troqué machettes et paniers contre stylos et blocs-notes. Durant cinq jours, le village a vécu au rythme d’une classe pas comme les autres.
À l’invitation du Bureau international du travail et du Projet de développement intégré des chaînes de valeurs agricoles au Congo, l’école improvisée a transformé la place publique en incubateur d’idées, sous le regard bienveillant des autorités locales.
Objectif affiché : muscler les compétences, doper la production et ouvrir la voie à une agriculture familiale plus rentable, capable d’alimenter marchés urbains et exportations sans compromettre les sols du bassin du Congo.
Une formation certifiante signée BIT-Prodivac
Le module « Gérez-mieux votre entreprise », mis au point par le BIT, a servi de fil conducteur. Comptabilité simplifiée, marketing paysan, gestion de stocks et plan d’investissement ont été disséqués, exercices pratiques à l’appui, pour coller aux réalités du terrain.
Financé par la Banque africaine de développement dans le cadre du partenariat BIT-gouvernement, le projet Prodivac a couvert les coûts et offert une certification reconnue, gage de crédibilité auprès des banques, des coopératives d’achat et des futurs partenaires commerciaux.
« Nous leur avons enseigné la méthodologie pour mieux gérer leur entreprise », résume le formateur principal, rappelant qu’au-delà des chiffres, la formation sème une confiance nouvelle chez ces cultivateurs longtemps tenus à l’écart des circuits de financement.
Paroles de jeunes pousses motivées
Anastasia Nkoukou, débordante d’énergie, serre son attestation contre son pagne. « Ces formations coûtent cher. Maintenant, je sais tenir mes comptes et vendre mes tomates », confie-t-elle, décidée à moderniser son potager familial.
À ses côtés, Boniface Yinga envisage déjà de passer du statut de petit producteur à celui de grossiste régional. « Nous allons éviter les erreurs et augmenter notre capacité de production », assure-t-il, le regard tourné vers les collines qui nourrissent Mindouli.
Le sous-préfet Francis Hochard Tela savoure l’enthousiasme ambiant. Il se dit frappé par « la frénésie des jeunes » et plaide pour la multiplication des sessions dans d’autres localités, afin d’amorcer un maillage agricole dynamique dans tout le Pool.
Impact socio-économique et environnemental
Au-delà des certificats, la formation devrait impacter les paysages. Des producteurs mieux formés sèment plus serré, optimisent l’eau et réduisent les brûlis, pratiques coûteuses pour la biodiversité. Le Pool y gagne des sols moins érodés et des rendements plus stables.
L’approche encourage aussi la diversification : manioc, légumes, fruits, miel ou poulets de chair. En répartissant les risques, chaque exploitation résiste mieux aux chocs climatiques et contribue à l’autosuffisance alimentaire des villes voisines, dont Pointe-Noire dépend toujours des importations.
Selon Prodivac, l’intégration de ces jeunes pousses dans des coopératives facilitera l’accès aux crédits verts nouvellement proposés par certaines banques congolaises, ouvrant la porte à l’irrigation solaire et aux séchoirs économes, technologies clés pour équilibrer revenu et ressources.
Comment y aller
Mindouli se situe à trois heures de route de Brazzaville, via la RN1 puis la bretelle forestière menant au plateau. Les taxis-brousse circulent quotidiennement, mais de nombreux visiteurs préfèrent le train Congo-Océan, plus sûr pendant la saison des pluies.
À savoir
La certification BIT reste valable cinq ans et peut être renouvelée après audit. Les bénéficiaires doivent tenir une comptabilité mensuelle et participer à deux ateliers de suivi. Les attestations ouvrent également l’accès gratuit aux salons agricoles organisés à Kinkala.
Impact & solutions
Pour maintenir l’élan, la maison agroalimentaire Mâ Kinguenga propose d’héberger un centre de ressources où seront stockés manuels, tablettes et démonstrations vidéo. L’idée : transformer chaque récipiendaire en multiplicateur, capable de former à son tour dix agriculteurs voisins.
Gloria Ondako Oket, coordonnatrice nationale du BIT, y voit le germe d’un « partenariat solide » entre État, bailleurs et communautés rurales. Elle assure que le bureau poursuivra son appui méthodologique afin que l’entrepreneuriat agricole devienne un moteur durable pour la jeunesse congolaise.





