Des pluies records sur la côte atlantique
Le 14 décembre, la ville portuaire de Safi s’est réveillée sous un déluge : plus de 60 millimètres d’eau sont tombés en quelques heures, transformant les rues en torrents impétueux et piégeant bus et voitures sur les grands axes côtiers.
Selon la Direction générale de la météorologie, l’intensité des précipitations correspond à un événement qui ne survient statistiquement qu’une fois tous les vingt ans. Les quartiers de Souiria et de Hay El Kora ont été les premiers touchés.
Plan blanc déclenché à Mohammed V
Alerté dès l’aube, le directeur de l’hôpital Mohammed V, Khalid Iazza, a déclenché un plan blanc. « Notre objectif était de gagner la course contre la montre », explique-t-il, évoquant la crainte de traumatismes multiples et d’hypothermies sévères.
Les couloirs habituellement calmes se sont métamorphosés en centre de triage. Une cinquantaine de lits ont été réservés aux victimes, avec possibilité d’ouverture d’une aile supplémentaire si la situation empirait.
Urgentistes sous pression maîtrisée
Entre 6 h et 22 h, 61 blessés sont passés par les urgences. Deux, polytraumatisés, ont rejoint la réanimation mais leur pronostic vital n’a, selon la direction, jamais été engagé. Dix-huit patients en hypothermie ont reçu un protocole de réchauffement actif.
Treize personnes ont pu rentrer chez elles avant minuit. Cinq demeuraient encore sous surveillance le lendemain. Aucune rupture d’approvisionnement en oxygène, sérums ou anticoagulants n’a été signalée, preuve d’une logistique parfaitement huilée.
Mobilisation de spécialités clés
Au cœur du dispositif, 14 médecins urgentistes, quatre anesthésistes, deux neurochirurgiens et une équipe renforcée d’orthopédistes ont été rappelés. Le service d’imagerie a fonctionné en continu : 37 radios, 12 scanners et autant d’échographies ont été réalisés dans la journée.
« La coordination avec la protection civile a été décisive », souligne Dr Nada El Amrani, chef des urgences. Les ambulances évacuaient les blessés en moins de quinze minutes malgré les artères inondées.
Climat, urbanisme et vulnérabilités
Si le Maroc possède une longue expérience de gestion des crues, la violence croissante des pluies interroge. L’Agence nationale de l’eau note une hausse de 20 % de la fréquence des événements extrêmes depuis 2000, tendance compatible avec les projections sur le réchauffement global.
À Safi, l’extension rapide de zones construites sur des oueds remblayés a amplifié le ruissellement. Les réseaux d’évacuation, dimensionnés pour des pluies modérées, se sont bouchés en quelques minutes.
« Il fallait sauver les dossiers et les vies »
Dans l’enceinte de l’hôpital, Lamya Bennani, infirmière depuis dix ans, se souvient avoir protégé à la hâte les archives médicales stockées au rez-de-chaussée. « Nous avons confectionné des digues de fortune avec des draps. L’eau s’est arrêtée à trois centimètres des serveurs informatiques. ”
Son collègue, le brancardier Youssef Aarab, raconte avoir porté un enfant de huit ans, trempé jusqu’aux os, entre deux vagues de sirènes. « La mère pleurait, persuadée qu’il avait de l’eau dans les poumons. Les médecins l’ont rassurée en dix minutes. »
À savoir
Le plan blanc marocain prévoit l’activation d’une cellule de crise, le rappel des personnels sur astreinte et la mise en marche d’un réseau régional de solidarité. Mohammed V était en mesure d’héberger cent victimes supplémentaires grâce à un partenariat avec un lycée voisin.
Comment y aller
Safi se situe à 160 kilomètres de Marrakech et à 300 kilomètres de Casablanca. La ville est reliée par l’autoroute A7 et par une ligne ferroviaire côtière. L’aéroport le plus proche est celui d’Essaouira-Mogador, à une heure quinze de route.
Impact & solutions
Dès le lendemain, des associations locales ont distribué des couvertures et des repas chauds aux familles sinistrées. Le ministère de la Santé a annoncé un audit des réseaux d’évacuation des hôpitaux côtiers et un budget spécial pour des pompes de secours.
Les urbanistes de Safi proposent déjà de multiplier les jardins d’absorption capables de retenir l’eau de pluie. À plus long terme, la mairie veut imposer des toitures végétalisées sur les nouveaux immeubles afin de réduire le ruissellement et rafraîchir la cité.
Perspectives régionales
L’épisode de Safi rappelle les inondations de Mohammedia en 2022 ou de Casablanca en 2010. Chaque fois, les infrastructures de santé ont tenu, mais au prix d’une vigilance extrême des équipes et d’un investissement constant dans la modernisation des équipements.
Les experts estiment que le renforcement des digues naturelles, l’élargissement des oueds et l’éducation du public aux gestes de sécurité demeurent les clés pour éviter des bilans plus lourds lors de la prochaine tempête.





