Les femmes au cœur du code forestier 2020
Sous l’impulsion de la loi n°33 du 8 juin 2020, le Congo-Brazzaville prépare un arsenal réglementaire pour ses futures forêts communautaires. Dès l’amorce des discussions, la question du genre s’impose comme un fil rouge incontournable.
Parce que les femmes assurent la majeure partie des activités de subsistance, leur regard devient stratégique. « Cette implication prouve la responsabilité de la femme face à la gouvernance forestière », affirme Marie Julienne Longo Bendo, coordonnatrice nationale du Réseau femmes africaines pour le développement durable.
Un atelier décisif à Brazzaville
Du 3 au 5 décembre 2025, le Refadd, la Plateforme pour la gestion durable des forêts et l’Observatoire congolais des droits de l’homme ont convié vingt participants issus d’ONG et de collectifs locaux.
Dans la salle, Alfred Nkodia, coordinateur de la P.g.d.f, encourage « des propositions solides à soumettre au groupe de travail multi-acteurs ». Les débats se cristallisent sur l’intégration du genre dans les projets de décrets rédigés par le cabinet d’études Terea.
Chaque alinéa est passé au crible : composition des comités de gestion, modalités de partage des recettes, quotas décisionnels. Objectif affiché : garantir que les femmes décident autant qu’elles récoltent.
Quels enjeux pour les communautés ?
Maixent Fortunin Agnimbat Emeka, président du Forum pour la gouvernance des droits de l’homme, rappelle la triple vocation des forêts communautaires : économique, sociale et écologique.
Selon lui, déléguer la gestion à la base peut réduire la pauvreté rurale tout en protégeant la biodiversité. « Si l’État n’y arrive pas seul, confions‐la à ceux qui vivent de la forêt », résume-t-il.
Les textes actuels prévoient la création d’un Comité national de suivi et d’évaluation de l’accès aux ressources génétiques et du partage des avantages. L’équilibre genre y devient un indicateur aussi essentiel que la conservation des essences.
Pour les villages riverains, la perspective est tangible : revenus issus du bois énergie, valorisation des PFNL, chaînes de valeur artisanales et touristiques reliées à la culture bantoue et aux sites sacrés.
Impact & solutions
L’atelier a listé des solutions concrètes : instaurer un quota minimum de 30 % de sièges féminins dans les comités locaux, former les élues en gestion budgétaire, faciliter l’accès des groupements féminins aux marchés carbone volontaires.
Une recommandation phare consiste à simplifier la délivrance des titres d’exploitation communautaire, souvent freinée par des frais administratifs élevés. Les associations de femmes proposent un guichet unique, couplé à un fonds d’appui alimenté par la redevance forestière.
Enfin, l’inclusion numérique apparaît centrale. Des tablettes géoréférencées pourraient permettre aux femmes de collecter des données sur la faune, d’alerter sur les coupes illégales et de vendre des produits forestiers non ligneux à distance.
À savoir
Les projets de textes doivent encore passer par le Conseil national de la forêt avant de rejoindre le Journal officiel. Selon le ministère de l’Économie forestière, l’entrée en vigueur est attendue courant 2026.
Le Congo-Brazzaville dispose déjà d’expériences pilotes, notamment dans le district de Tsiaki, où un groupement féminin gère une parcelle de 3 000 hectares de teck et d’essences locales.
Dans la région du Niari, des pépinières communautaires produisent des plants d’acajou destinés à la restauration de couloirs fauniques. Ces initiatives servent de modèles pour l’élaboration des critères nationaux.
Comment y aller
Brazzaville est accessible par l’aéroport international Maya-Maya, desservi par plusieurs compagnies régionales. Depuis le centre-ville, le quartier Plateau se trouve à quinze minutes en taxi. Les hôtels partenaires de l’atelier sont situés à proximité du fleuve.
Pour visiter une forêt communautaire pilote, compter six heures de route vers le Niari, via la RN1 récemment réhabilitée. Les voyageurs doivent se munir d’une autorisation préfectorale et prévoir un guide local agréé.
Regards croisés
Les participantes insistent sur le droit à la parole. « Nous voulons que nos filles héritent d’une forêt en bon état et d’un statut reconnu », confie Grace Mayissa, cheffe de groupement à Ngoma Tsé-Tsé.
Du côté des experts, Terea note que « l’analyse genrée des bénéfices constitue un gage de viabilité ». Les bailleurs évoquent également la possibilité d’adosser les forêts communautaires aux mécanismes REDD+, attractifs pour capter des financements internationaux.
À chaque étape, l’État demeure facilitateur. Sa volonté d’impliquer la société civile et les femmes en particulier consolide la dynamique de cogestion, apprécié par les partenaires techniques et financiers.
Vers un cadre exemplaire
Si l’on en croit le calendrier, les forêts communautaires congolaises pourraient devenir des vitrines sous-régionales. En capitalisant sur la participation féminine, le pays envoie un message fort : la conservation n’est durable que si elle est équitable.
Au-delà du texte, la réussite dépendra du suivi sur le terrain. Les acteurs présents à Brazzaville se disent prêts à continuer le plaidoyer jusqu’à la publication des décrets finaux.
En attendant, chaque mot proposé pendant l’atelier résonne comme une promesse : celle d’une forêt gérée par, pour et avec les communautés, où la voix des femmes pèse autant que la canopée s’étend.





