Terre promise pour les peuples autochtones
Sous le toit étouffant d’un hôtel de Brazzaville, les tambours symboliques ont laissé place aux laptops. Durant trois jours, juristes, chefs coutumiers et ONG ont travaillé à une même table : sécuriser les terres qui portent chants, chasse et mémoire des communautés autochtones.
Ces forêts, berceau de cultures millénaires, sont aussi un rempart vert contre les dérèglements climatiques. Leur avenir dépend de droits clairs. Jusqu’ici, la coutume garantissait l’usage, pas la propriété. Le vide juridique ouvrait la porte aux accaparements et à la marginalisation.
Un décret pionnier en élaboration
Le projet de décret, validé en atelier par le ministère de la Justice, prévoit une reconnaissance pleine et entière de la propriété foncière individuelle et collective. Il concrétise les articles 31 et 32 de la loi 5-2011 sur les droits des peuples autochtones.
« Si nous n’avons pas la terre, nous n’avons rien », a rappelé Justin Assomoyi, directeur général de la Promotion des peuples autochtones. Son plaidoyer a trouvé un écho parmi les représentants des douze départements, tous convaincus qu’un papier signé peut changer la vie dans les villages.
Quels changements sur le terrain ?
Une fois adopté en Conseil des ministres, le texte ouvrira aux autochtones un titre foncier transmissible. Ils pourront cultiver, négocier des partenariats ou refuser des concessions, sans médiation obligatoire. Les juristes espèrent ainsi prévenir les litiges fréquents entre communautés, sociétés forestières et agro-industriels.
Le décret impose aussi la consultation libre, préalable et éclairée avant tout projet. Cette exigence, saluée par les ONG, devrait réduire les tensions et garantir que les bénéfices issus du bois, du tourisme ou du carbone reviennent en partie aux gardiens historiques des forêts.
La voix des communautés
Assise au premier rang, Mama Ngouabi, porte-parole d’un clan téké, a confié son soulagement : « Nos enfants connaitront le nom de leurs ancêtres gravé sur un titre officiel ». À ses côtés, Erick Chrysosthome Nkodia, du Centre d’encadrement communautaire, a souligné le caractère inédit de la démarche régionale.
« Le Congo montre que le dialogue fonctionne. La décision doit être prise avec le consentement de tout le monde », a-t-il insisté. Les participants ont collecté plus de cent recommandations sur la cartographie participative, la simplification des procédures et la protection des femmes, souvent absentes des registres fonciers.
Garder l’équilibre entre développement et coutume
Les investisseurs étrangers guettent les gisements de bois, d’huile de palme ou de minerais. Le décret vise à rassurer en clarifiant qui est propriétaire. Pour les pouvoirs publics, c’est aussi un moyen de mieux planifier les routes, les écoles et les dispensaires sans déplacer arbitrairement des familles.
Les experts forestiers rappellent que la sécurisation des droits limite la déforestation. Un paysan qui se sait propriétaire plante plus d’arbres qu’il n’en coupe. Les climatologues y voient une contribution concrète aux engagements climatiques nationaux présentés lors des forums internationaux.
Comment y aller
Les zones pilotes identifiées se situent dans la Likouala, la Sangha et les Plateaux. Des vols réguliers desservent Impfondo et Ouesso au départ de Brazzaville. La piste puis la pirogue motorisée servent d’épine dorsale logistique. En saison sèche, les pistes latéritiques restent praticables, mais prévoyez un véhicule 4×4.
À savoir
Le décret ne remplace pas les cadastres classiques ; il les complète via un registre coutumier géré localement. Les chefs traditionnels resteront les garants moraux, mais l’État assurera la valeur légale des titres. Les procédures devraient coûter moins de 10 000 FCFA grâce à un fonds d’appui alimenté par des partenaires.
Impact & solutions
La sécurisation foncière pourrait concerner 700 000 personnes, réduisant la pauvreté rurale et dynamisant l’écotourisme. Les ONG proposent déjà des programmes de formation pour lire une carte et négocier un contrat. Les universités congolaises planchent sur un module de droit foncier autochtone destiné aux futurs magistrats et géomètres.





