| Climat

Brazzaville, capitale d’une ambition verte

À la toute fin décembre, un amphi du centre-ville de Brazzaville vibrait de l’enthousiasme de cinquante étudiants, activistes et jeunes professionnels venus découvrir comment parler d’égal à égal avec les diplomates des COP. L’évènement marquait la deuxième édition d’un atelier unique en son genre.

Pilotée par la Coalition des associations des jeunes congolais œuvrant pour la protection de l’environnement, la formation veut transformer la passion militante en expertise opérationnelle, capable d’influencer les débats internationaux et de défendre les atouts du Congo, depuis ses forêts primaires jusqu’à ses mangroves atlantiques.

Au cœur des négociations climatiques

Espanich Motondo, président du Mouvement des jeunes écologistes congolais, rappelle que le climat n’est pas seulement « une crise », mais « un secteur d’opportunités pour qui maîtrise les règles du jeu financier » (déclare-t-il). Son objectif est clair : former une relève au profil de négociateur.

Durant une journée dense, tables rondes et mises en situation ont décortiqué l’Accord de Paris, les articles sur le carbone et les calendriers des contributions nationales. Les participants ont simulé des échanges entre blocs géopolitiques, apprenant à argumenter, temporiser ou proposer des compromis réalistes.

Finance verte, l’autre eldorado

Pour Roxanne Vanessa Ndedi, étudiante en économie de l’environnement, la découverte majeure réside dans la finance verte. Elle reconnaît avoir « compris comment mon pays peut monétiser la conservation de ses écosystèmes et créer des emplois qualifiés ». Dans son cahier, les mots carbone, obligations vertes, méthodologies REDD+ brillent.

Même révélation pour Boris Richinel Mboussa, passionné de marchés carbone : « On peut protéger les forêts et bâtir une carrière stable », confie-t-il. L’atelier a présenté des parcours d’experts devenus auditeurs projets, courtiers en crédits ou consultants ESG, métiers encore méconnus dans la capitale.

Des voix qui comptent

Au-delà des chiffres, la session a insisté sur la diplomatie. Hystorick Motondo, déjà présent à la COP30 de Belém, souligne « l’importance de parler d’une seule voix, sans agressivité, pour faire adopter nos priorités ». Il rappelle que le pays abrite l’un des plus grands puits de carbone tropicaux.

La réussite logistique tient aussi au soutien d’Aline France Etokabeka, marraine de l’événement. Son appui financier confirme, selon Espoir Stine Lamy Somboko, présidente de Mwasi-Green, « la confiance des décideurs et mécènes envers une jeunesse prête à porter la gouvernance climatique ». Un message jugé motivant.

Pérenniser l’expertise nationale

Les organisateurs voient déjà plus loin : créer un réseau d’anciens, publier un guide sur la finance climatique adaptée au contexte national et intégrer davantage de jeunes des régions forestières. L’idée est de pérenniser une expertise négociatrice capable de se rendre utile dans les ministères comme chez les ONG.

En quittant la salle, Durand Ranova Ongoua résume l’atmosphère : « Nous sommes repartis avec une boussole pour transformer la menace climatique en innovation et emplois pour nos communautés ». Sur les réseaux sociaux, photos, infographies et extraits de cours circulent déjà, preuve d’un engouement qui dépasse les murs.

Impact & solutions

À court terme, les jeunes formés s’engagent à vulgariser les mécanismes de financement carbone auprès des collectivités locales. À moyen terme, ils espèrent accompagner la certification de projets REDD+, afin de générer des revenus supplémentaires pour les villages riverains et financer des services sociaux essentiels.

À savoir

Le RJEPPA, partenaire média de l’atelier, diffusera prochainement un podcast pédagogique pour répéter les fondamentaux des négociations. L’émission sera disponible en langues françaises et lingala, confirmant la volonté d’inclusion territoriale et culturelle de cette initiative conduite depuis Brazzaville.

Comment y aller

Le prochain cycle de formation est annoncé pour juillet à Pointe-Noire. Les inscriptions se feront en ligne via les associations partenaires. Aucun frais d’inscription n’est requis, seul un engagement écrit à partager ensuite les connaissances acquises dans son quartier ou sa faculté est demandé.

Regard d’expert

L’ingénieur forestier Norbert Ndouna, consultant indépendant, estime que « l’alliance entre compétences techniques et plaidoyer est le meilleur rempart contre la déforestation ». Il voit dans cette montée en compétences « une garantie que les futurs projets climatiques respecteront à la fois les communautés et la science ».

Comments are closed.