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Un marché historique renaît au cœur de Bacongo

Sous les manguiers centenaires du 2e arrondissement, le Plateau-ville change de visage. Après dix-huit mois de travaux, les halles colorées accueillent de nouveau les cris joyeux des commerçants de Bacongo.

Le ruban a été coupé par Pascal Ongoka, bras droit du ministre de l’Agriculture, devant une foule curieuse. Entre odeur de manioc fumant et flashs des téléphones, l’émotion était palpable.

Des étals dédiés à l’agro-écologie

Sur les 96 nouvelles tables, trente-trois sont réservées aux produits issus de pratiques agro-écologiques. Tomates sans pesticides, herbes aromatiques et pains de cacao séché y partagent la lumière naturelle filtrée par la toiture translucide.

Les étals seront quotidiennement ravitaillés depuis le site pilote de Kélé-Kélé, à Ngoma Tsé-Tsé. Cent vingt-six maraîchers y cultivent sept hectares certifiés, démontrant qu’une agriculture respectueuse du sol peut nourrir la ville.

Les concepteurs ont privilégié des matériaux locaux. Les briques ventilées laissent passer la brise du fleuve, réduisant la chaleur et la dépense énergétique. La toiture en tôle isolée capte l’eau de pluie pour le nettoyage.

Financement C2d : un modèle de coopération

La renaissance du marché a coûté 5,24 milliards de francs CFA. La somme provient du Contrat de désendettement et de développement, accord franco-congolais qui convertit une partie de la dette en investissements publics.

Pour Claire Bodonyi, ambassadrice de France, ce chantier illustre une coopération « concrète et tournée vers le quotidien ». L’AFD a veillé à ce que chaque franc profite aux maçons et fournisseurs locaux.

Le ministère envisage déjà de répliquer ce modèle à Makélékélé et Talangaï. Un audit participatif évaluera l’impact socio-économique après six mois, condition pour débloquer une enveloppe additionnelle du C2d.

Femmes commerçantes, premières bénéficiaires

Derrière les étals, plus de huit vendeurs sur dix sont des femmes. Elles décrivent un saut qualitatif. « Nous vendions dans la boue ; aujourd’hui nos enfants jouent sur un sol carrelé », sourit Pélagie Massaka, figure du marché depuis 2003.

La modernisation annonce aussi des gains de revenus. Des prix justes seront affichés sur des panneaux électroniques, évitant les intermédiaires et stabilisant les marges des productrices de condiments, poissons fumés et légumes feuilles.

Sécurité et hygiène repensées

La sécurité a été repensée de fond en comble : issue de secours, détecteurs d’incendie et cuves d’eau sous pression. Un bureau administratif neuf facilitera le contrôle des balances et la médiation en cas de litige.

L’association congolaise Bopeto, mandatée par la mairie, assure l’entretien quotidien. Son équipe de jeunes volontaires lave les allées avant l’aube et sensibilise chaque exposant aux bonnes pratiques d’hygiène.

Comment y aller

Le marché se trouve à deux pas de l’avenue Matsoua. Depuis le centre-ville, les taxis-bus numéro 2 et 13 déposent les visiteurs devant la porte nord. Les riverains préfèrent longer le fleuve à vélo aux heures fraîches.

Un parking ombragé de quarante places a été aménagé côté sud, protégé par des flamboyants récemment replantés. Les motocyclistes disposent d’un box sécurisé alimenté par panneaux solaires.

À savoir

Les portes ouvrent de 5 h à 18 h tous les jours, sauf le lundi réservé au grand nettoyage. Les sacs plastiques à usage unique sont interdits ; des paniers en raphia sont proposés à prix modique.

Impact & solutions

La réhabilitation dope la filière maraîchère périurbaine et favorise la relance du cacao en misant sur des séchoirs partagés et des formations post-récolte. À terme, 300 tonnes de produits sains pourraient remplacer les importations coûteuses.

En limitant l’usage de pesticides et les rejets organiques grâce à un système d’assainissement neuf, le marché réduit l’empreinte carbone de l’approvisionnement urbain. Une étape vers une Brazzaville résiliente, inspirante pour d’autres villes fluviales.

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