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Sur les plateaux Batéké, au nord-est de Brazzaville, un arbre discret et une racine nourricière apprennent à cohabiter. De cette alliance, l’Université Denis Sassou-N’Guesso vient de tirer un enseignement précieux pour les forêts congolaises.

Une recherche présentée à Kintélé pour repenser le sol

Le 17 avril, à Kintélé, le vice-président de l’UDSN, Michel Didace Mvoula Tsieri, a présenté les résultats d’un projet consacré au système agro-forestier acacia-manioc. La scène, sobre, marquait pourtant un jalon.

Ces travaux fermaient le projet « Analyse socio-économique et écologique du système agro-forestière acacia-manioc sur les plateaux Batéké en République du Congo ». Un intitulé long, une ambition simple : observer le terrain.

L’ensemble s’inscrit dans le programme de Recherches en écologie et sciences sociales en Afrique centrale, le RESSAC. Un cadre régional qui place le savoir scientifique au service des paysages du bassin du Congo.

Quand l’acacia prépare le terrain du manioc

Le couple étudié n’a rien d’anecdotique. L’acacia, légumineuse robuste, enrichit naturellement le sol et restaure des terres parfois fatiguées. Le manioc, lui, reste l’aliment quotidien de millions de Congolais.

Associer les deux revient à imaginer une agriculture qui ne dévore pas la forêt. L’arbre nourrit la terre, la terre nourrit la racine, la racine nourrit les foyers. Un cercle que les chercheurs ont voulu mesurer avec rigueur.

Sur ces plateaux de savane et de lambeaux forestiers, chaque parcelle raconte une tension. Produire davantage sans repousser toujours plus loin les lisières boisées : tel est l’équilibre recherché par cette agroforesterie.

Un atelier pour apprendre autrement la conservation

La rencontre dépassait la simple restitution de chiffres. Le directeur de l’ISSGEA, Damase Ngouma, a souligné qu’elle offrait aux étudiants une autre manière d’apprendre, loin des seuls cours magistraux.

« Cet atelier permet aux étudiants d’apprendre autrement que par les cours magistraux classiques », a-t-il rappelé, en y voyant aussi un espace d’échange. Les bancs cédaient la place au terrain et à la discussion.

Au cœur des débats, deux mots revenaient : changements climatiques et déforestation. Des sujets que ces futurs spécialistes ne liront pas seulement dans des manuels, mais qu’ils affronteront demain sur le terrain congolais.

Concilier écosystème forestier et revenus paysans

L’atelier a permis d’examiner comment ce système peut servir deux causes longtemps perçues comme rivales. D’un côté, la promotion de l’écosystème forestier. De l’autre, l’amélioration concrète des résultats des paysans.

C’est là toute la subtilité de la démarche. Trop souvent, protéger la forêt et nourrir les familles semblent s’opposer. Le couple acacia-manioc suggère qu’une troisième voie, patiente et locale, demeure possible.

Pour les cultivateurs des plateaux Batéké, l’enjeu est tangible. Des sols plus fertiles signifient des récoltes plus sûres, donc moins de pression pour défricher de nouvelles surfaces. La conservation devient alors un choix rationnel.

Un signal venu du bassin du Congo

Ce projet, mené par une université nationale, dit quelque chose de plus large. La recherche congolaise s’empare des questions environnementales avec ses propres outils, sur ses propres terres et pour ses propres communautés.

Dans un bassin forestier qui compte parmi les poumons de la planète, chaque expérience locale pèse. Les plateaux Batéké ne sont pas un laboratoire abstrait, mais un territoire habité, cultivé et observé de près.

Reste désormais à transformer ces résultats en pratiques durables, parcelle après parcelle. L’acacia et le manioc ont engagé un dialogue silencieux. Aux paysans, aux chercheurs et aux institutions de le prolonger.

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