Sous un hangar de tôles, à Bacongo, l’air vibre de chaleur. Un bidon coupé en deux, gorgé de charbon de bois, sert de fournaise. Là, l’aluminium glané dans les rebuts de la ville redevient marmite, dans un geste vieux de plusieurs décennies.
Le four de fortune et le métier du feu
Jean-Claude Matsokota règne sur cet atelier improvisé. Sexagénaire, plus de quarante ans face aux flammes, il fond le métal à près de 660 °C sans thermomètre, sans gants ni masque. La fusion se devine à l’œil, à la couleur, à l’expérience accumulée année après année.
« Si tu as peur de la chaleur, tu ne peux pas faire ce métier », résume-t-il, attisant les braises avec un vieux ventilateur rafistolé. Trois apprentis l’entourent, dont Sylvie Zola, l’une des rares femmes d’un secteur encore largement masculin.
De la ferraille recyclée à la marmite
Le principe tient de l’alchimie populaire : transformer des déchets métalliques en objets utiles. Canettes, pièces hors d’usage, chutes diverses finissent dans le creuset, puis dans les cuisines. Une économie circulaire avant l’heure, née de la nécessité plus que d’un slogan environnemental.
À Bifouti, dans le premier arrondissement, Prince Mampouya tasse du sable humide dans un châssis de bois. Il y imprime la forme d’une cocotte, attend la coulée, puis le démoulage. Suivent trois heures de ponçage et de polissage, étape décisive du processus.
« Les femmes veulent que ça brille au marché. Si ça ne brille pas, elles n’achètent pas », explique l’artisan. Une cocotte de taille moyenne se négocie 4 500 FCFA, dont environ 1 200 FCFA reviennent réellement au fabricant.
Résister à la concurrence venue d’ailleurs
Les marmites importées de Chine arrivent à partir de 12 000 FCFA et grignotent le marché local. Les fondeurs opposent à ce flot un argument simple : la longévité. « La mienne peut durer dix ans si tu l’entretiens bien. Et puis elle donne un goût que les autres n’ont pas », affirme Mampouya.
Le prix de ce métier se lit sur la peau. Les brûlures rythment le quotidien, et les cicatrices marquent les avant-bras. Aucune protection ne vient adoucir le contact répété avec le métal en fusion, dans ces ateliers nés en marge des circuits formels.
Un patrimoine vivant dans les cuisines congolaises
Malgré tout, la marmite artisanale tient bon. Environ 70 % des ménages congolais cuisinent encore avec elle. Transmis de génération en génération, ce savoir-faire reste un fil tendu entre les anciens et les plus jeunes, à Brazzaville.
« C’est un métier dur, mais c’est notre métier. On recycle, on crée, on nourrit la ville », conclut Prince Mampouya. Dans le bruit du polissage et l’odeur du charbon, ces fondeurs perpétuent un patrimoine matériel discret, façonné au creux du feu.
