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À l’Assemblée nationale gabonaise, une députée a rappelé au ministre des Eaux et Forêts que les éléphants continuent de ravager des plantations villageoises, malgré les clôtures électriques. Le débat survient au moment où la gestion du conflit homme-faune change de ministère.

Éléphants et plantations, une cohabitation sous tension au Gabon

Au Gabon, faire coexister les villages agricoles et les éléphants reste l’un des casse-têtes les plus ardus de la gestion de la faune sauvage. Les autorités ont pourtant multiplié les initiatives pour freiner les incursions des pachydermes dans les cultures.

Les clôtures électriques figurent en bonne place parmi ces réponses. Leur principe est simple : tenir les animaux à distance des parcelles cultivées. Sur le terrain, les difficultés des agriculteurs n’ont pourtant pas disparu.

Pour un magazine attentif aux forêts du bassin du Congo, ce débat parlementaire a valeur de cas d’école. Il pose une question délicate pour tous ceux qui défendent la faune sauvage.

Comment protéger les récoltes et les revenus des familles rurales sans sacrifier une espèce emblématique du patrimoine naturel gabonais ? C’est tout l’enjeu de l’interpellation portée devant le gouvernement.

Une députée interpelle le ministre des Eaux et Forêts

La députée Joséphine Okome Mba, épouse Obiang Ndong, a porté le dossier devant le ministre des Eaux et Forêts, Maurice Ntossu Allogo. L’échange est rapporté par le compte rendu publié par la presse de l’Assemblée nationale.

La parlementaire a insisté sur un constat : les éléphants continuent de détruire des plantations villageoises, y compris là où des clôtures électriques ont été installées. Dans certaines localités, la barrière ne semble donc pas suffire.

Ce constat ouvre plusieurs interrogations. Les clôtures sont-elles déployées aux bons endroits ? Sont-elles correctement entretenues ? Sont-elles adaptées aux réalités du terrain, d’un village à l’autre ?

Clôtures électriques : une efficacité encore à mesurer

Prudence toutefois. L’audition n’a livré aucun bilan chiffré, ni sur le nombre de clôtures posées, ni sur les superficies protégées, ni sur l’évolution des dégâts. Sans ces repères, conclure à l’échec général du dispositif serait hâtif, souligne le média Gabonmediatime.

La persistance des incursions plaide en revanche pour une évaluation sérieuse de son fonctionnement et des obstacles rencontrés par les populations censées en bénéficier.

Car une clôture ne vaut que par son suivi. Son efficacité tient à l’entretien régulier des équipements, à la réparation des installations défectueuses et à leur implantation dans les zones les plus exposées.

Connaître les couloirs de déplacement des éléphants apparaît aussi comme une clé. C’est à partir de ces trajets que les protections peuvent être ajustées aux réalités écologiques locales.

Le conflit homme-faune change de ministère

Le projet de loi de finances 2027 prévoit une réorganisation notable. La gestion du conflit homme-faune, jusqu’ici rattachée au ministère de l’Environnement et du Climat, doit passer sous la responsabilité du ministère des Eaux et Forêts.

Ce transfert est présenté comme un moyen de mieux coordonner les interventions et de renforcer la prise en charge des difficultés rencontrées par les populations rurales.

Un budget en forte hausse, une affectation à préciser

La nouvelle compétence arrive avec des moyens en hausse. Le budget de la mission Eaux et Forêts devrait passer de 22,24 milliards de FCFA en 2026 à 40,53 milliards en 2027, soit une progression de 82,2 %.

Cette envolée repose principalement sur près de 13,5 milliards de FCFA de financements extérieurs. La part qui reviendra concrètement au conflit homme-faune reste à préciser, tout comme les moyens humains et matériels qui y seront affectés.

Indemniser les agriculteurs, l’autre front

Pour les ménages ruraux, une plantation dévastée n’est pas un simple incident. Elle représente à la fois une source de revenus et d’approvisionnement alimentaire, et sa perte peut peser lourdement sur l’économie familiale.

L’indemnisation des agriculteurs touchés constitue donc un enjeu à part entière. Renforcer l’accompagnement des victimes et clarifier les procédures de réparation des préjudices pourraient améliorer la réponse publique.

Battues : une piste évoquée, pas une solution miracle

Lors des échanges parlementaires, la possibilité de recourir à des battues, avec l’acquisition d’armes et de munitions, a également été évoquée.

Une telle approche ne saurait constituer, à elle seule, une réponse durable, estime Gabonmediatime. Toute intervention de ce type doit être encadrée par les autorités compétentes, dans le respect des règles de sécurité et de protection de la faune.

L’enjeu reste de bâtir une politique qui conjugue prévention, protection des cultures et gestion des interactions entre les populations et les animaux sauvages.

Les Eaux et Forêts face à l’épreuve du terrain

Pour le ministère dirigé par Maurice Ntossu Allogo, ce transfert sonne comme un test d’efficacité opérationnelle. Les résultats se liront à travers des indicateurs concrets : baisse des dégâts agricoles, entretien des clôtures, rapidité des interventions, meilleur accompagnement des victimes.

Dans les villages exposés aux incursions des éléphants, le succès de cette réforme ne se jugera pas aux crédits inscrits dans la loi de finances. Il se mesurera à la capacité des pouvoirs publics à protéger réellement les plantations et les moyens de subsistance.

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