Un atelier national sur les tourbières ouvert à Brazzaville
Le 20 octobre, à Brazzaville, la ministre de l’Environnement, du Développement durable et du Bassin du Congo, Arlette Soudan-Nonault, a lancé les travaux d’un atelier national au sujet discret mais décisif : la validation des documents consacrés aux tourbières de la République du Congo.
La ministre, qui est aussi secrétaire exécutive de la Commission climat du bassin du Congo, inscrit cette démarche dans un objectif affiché : renforcer la protection des tourbières. Les textes examinés doivent encore être validés, et c’est précisément l’enjeu de ces travaux.
Une bibliothèque de référence sur la tourbe congolaise
Sur la table des participants figure d’abord le niveau des émissions de référence des tourbières du pays. L’accompagnent un résumé à l’intention des décideurs et une note d’information sur la définition nationale de la tourbe et des tourbières.
Le détail n’est pas anodin. Avant de protéger un milieu, encore faut-il s’accorder sur ce qu’il recouvre. Qu’une note entière soit dédiée à cette définition montre que le Congo cherche à poser ses propres repères.
Trois rapports thématiques complètent l’ensemble. Le premier traite de la taille, de la valeur, des fonctions, des défis et des modes d’utilisation des tourbières. Le deuxième porte sur les habitats, la biodiversité, le stockage du carbone et l’atténuation des changements climatiques.
Le troisième s’attache à la gestion adaptative et à la surveillance, deux notions qui supposent de suivre l’évolution de ces milieux dans la durée et d’ajuster les règles en conséquence.
Cuvette, Sangha, Likouala : le recul observé par les villages
Le dossier ne repose pas seulement sur des cartes et des inventaires. Une étude socio-économique et écologique a été conduite auprès de 242 ménages, répartis dans treize villages des départements de la Cuvette, de la Sangha et de la Likouala.
Ses résultats ont valeur d’alerte. Les habitants interrogés font état d’un recul de la population de vingt-quatre espèces animales citées. Parmi elles figurent deux figures emblématiques des forêts du bassin : le gorille et l’éléphant de forêt.
Le constat ne s’arrête pas à la faune terrestre. L’étude relève aussi une diminution des quantités de poissons, signe que les ressources halieutiques de ces territoires sont elles aussi touchées.
Face à ce tableau, le gouvernement annonce vouloir renforcer la protection des habitats et la surveillance communautaire. Une manière d’associer à la veille les populations qui ont elles-mêmes signalé ces reculs.
La nappe phréatique, ligne rouge des zones tourbeuses
Arlette Soudan-Nonault a précisé l’intention politique derrière ces documents. À travers leur validation, le gouvernement entend éviter toute baisse durable de la nappe phréatique dans les zones tourbeuses.
L’objectif va plus loin : il s’agit aussi de prévenir les activités susceptibles de compromettre l’intégrité de ces écosystèmes. Le niveau de l’eau souterraine devient ainsi l’un des repères explicites de la politique de protection.
Le contexte de l’atelier a d’ailleurs rappelé le poids de l’eau dans ces territoires. Ses travaux se sont ouverts alors que des inondations sont signalées dans le département de la Likouala, l’un des trois concernés par l’étude de terrain.
Des outils pour la politique climatique du Congo
Pour la ministre, les documents à examiner et à valider constitueront des outils importants pour la connaissance, la planification, la gouvernance et la prise de décision.
Ils doivent surtout permettre de mieux intégrer les tourbières dans les politiques climatiques nationales. Sont cités la Contribution déterminée au niveau national, l’inventaire national des gaz à effet de serre et le système national de mesure, de notification et de vérification.
Un chantier qui se jouera aussi sur le terrain
La validation de ces textes marquera une étape. Mais le recul des espèces et des poissons, rapporté par les ménages de la Cuvette, de la Sangha et de la Likouala, rappelle que leur portée se mesurera loin des salles de réunion, au cœur des zones tourbeuses.




