Dans la forêt de Mimbelli, des soignants à pied
Plus de vingt kilomètres de marche pour atteindre un campement niché dans la forêt de Mimbelli. C’est la distance parcourue par une équipe de santé pour soigner un enfant couvert d’ulcères, dont les parents « avaient perdu espoir ».
L’épisode est raconté par Eldrich Ngbamboti Ngalipe, infirmier au Centre Kimia. Il résume à lui seul la réalité du pian dans la Likouala, au nord de la République du Congo, où la maladie sévit loin des routes et des centres de santé.
Le pian, une maladie de la brousse et des villages reculés
Le pian est une maladie tropicale négligée d’origine bactérienne. Il touche principalement les enfants et circule surtout dans les localités rurales et forestières, là où rejoindre une structure de santé relève souvent du parcours d’obstacles pour les familles.
À Impfondo, Lidy Mbongo, 15 ans, en a fait l’expérience pendant plusieurs mois. Tout a commencé par une éruption cutanée au retour de la brousse, puis une plaie au pied s’est installée et n’a cessé de s’aggraver.
« Mon pied me faisait très mal et je ne pouvais plus jouer avec mes amis. Ma maman n’avait pas les moyens de m’emmener à l’hôpital », confie l’adolescente. Marcher ou accompagner sa famille lui était devenu pénible.
Des chiffres en nette baisse depuis 2023
Les données du Programme national de lutte contre la lèpre, le pian et l’ulcère de Buruli dessinent une tendance encourageante. Le pays a enregistré 624 cas en 2023, puis 392 en 2024 et 303 en 2025.
Ce recul est attribué aux progrès du dépistage, du traitement et de la sensibilisation dans les zones touchées. Le Dr Gilius Axel Aloumba, directeur du programme, met en avant une méthode précise.
« Le traitement des cas et des contacts de façon systématique, associé aux petites campagnes de traitement des communautés, a permis de réduire le nombre de cas », explique-t-il, tout en rappelant que le travail se poursuit dans les zones endémiques.
Enyellé-Bétou et Impfondo sous surveillance
Pour consolider ces résultats, le Gouvernement congolais a conduit, avec l’appui technique, logistique et financier de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), une opération de surveillance épidémiologique dans les districts sanitaires d’Enyellé-Bétou et d’Impfondo.
Le bilan fait état de 1 592 personnes dépistées et de 161 cas de pian identifiés. D’autres maladies tropicales négligées à manifestations cutanées ont également été repérées au cours de l’opération.
Pour de nombreuses familles éloignées des centres de santé, ces interventions ouvrent un accès gratuit au dépistage et aux soins. Lidy en a directement bénéficié, lorsque les agents se sont déplacés jusque dans sa communauté.
« Je ne savais rien sur cette plaie. C’est le personnel de santé qui est venu vers moi pour me soigner et me dire que c’était le pian », raconte-t-elle.
Les relais communautaires, maillons de la confiance
Dans les villages, les relais communautaires repèrent les cas suspects, informent les familles et les incitent à consulter tôt. À Dongou, l’agent de santé communautaire Richard Bokodi répète inlassablement un message simple.
« Nous disons aux personnes que le pian se soigne et que le traitement est gratuit dans les centres de santé », rapporte-t-il, invitant chacun à se faire dépister et à recourir aux soins.
L’OMS soutient aussi la formation des équipes. Dans la Likouala et la Sangha, les deux départements reconnus comme endémiques, 84 professionnels de santé et 72 agents de santé communautaires ont été formés. L’organisation fournit en outre médicaments et intrants.
Atteindre les populations les plus éloignées
Pour le Dr Cyr-Judicael Passi-Loumba, chargé de la prévention et du contrôle des maladies au bureau pays de l’OMS au Congo, la distance reste l’enjeu central.
« Lorsque les services de santé parviennent à atteindre les populations les plus éloignées, les personnes atteintes peuvent être diagnostiquées et traitées précocement, ce qui réduit la transmission et améliore leur qualité de vie », souligne-t-il.
L’organisation dit vouloir continuer à accompagner les efforts nationaux, afin que le pian ne constitue plus une menace pour les enfants et les populations affectées.
Le retour en brousse de Lidy
Pour Lidy, la douleur appartient désormais au passé. L’adolescente participe de nouveau aux activités des autres enfants et a retrouvé les chemins de la brousse.
« Je me sens heureuse. Je peux aller comme avant en brousse avec les autres sans avoir mal », dit-elle. Soignée gratuitement, elle encourage ses amis à aller vers les soignants, avec l’espoir que d’autres enfants soient dépistés et traités à temps.



