Un carrefour scientifique au cœur de la Cuvette
Le Centre d’excellence pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique d’Oyo vibrait cette semaine au rythme d’une conférence internationale, prolongement du lancement du Réseau pour la recherche sur la transition énergétique en Afrique centrale tenu à Brazzaville.
Entre les murs flambant neufs, enseignants-chercheurs et experts de plus de dix pays ont partagé données de terrain, prototypes et récits inspirants, dessinant une cartographie des possibles pour réduire la dépendance aux combustibles fossiles dans le Bassin du Congo.
Collaborations disciplinaires et partage de solutions
« Si nous avons quasiment les mêmes problèmes, nous pouvons partager les mêmes solutions », a rappelé la directrice exécutive, Dr Maryse Nkoua Ngavouka, soulignant que la science n’a de sens que si elle sort des laboratoires pour irriguer villages et villes.
En tables rondes, climatologues, sociologues et ingénieurs ont croisé leurs approches, convaincus que la transition énergétique est aussi culturelle. Adapter les technologies aux réalités locales, valoriser les savoirs endogènes et former des artisans de terrain constituent le triptyque défendu par l’assemblée.
Biogaz, l’énergie accessible à tous
Le Brésilien Alessandre Sanches Peteira, spécialiste du biogaz, a captivé l’auditoire. « Le biogaz est une solution à portée de tous », a-t-il insisté, détaillant la simplicité des digesteurs capables de transformer déchets agricoles et effluents d’élevage en combustible propre.
Selon lui, un foyer congolais équipé d’un petit biodigesteur peut économiser chaque mois plusieurs bouteilles de gaz importé et protéger les mangroves des coupes de bois de feu. L’idée séduit particulièrement les coopératives féminines venues de la Likouala et de la Sangha.
Solaire photovoltaïque et réseaux de recherche
L’autre temps fort fut la session consacrée au solaire photovoltaïque. Des laboratoires mobiles aux tuiles solaires, les intervenants ont montré que la chute des coûts ouvre des perspectives inédites pour électrifier dispensaires et écoles éloignés des réseaux dans le nord du pays.
Professeure associée à l’université de Stirling, l’Écossaise Kathryn Jeffrey a salué « la dynamique congolaise ». Elle plaide pour un maillage de recherches, citant l’Initiative scientifique sur le Bassin du Congo comme tremplin financier et logistique capable de relier Oyo à Nairobi ou Glasgow.
Les délégués ont esquissé une plateforme numérique partagée où données climatiques, plans de maintenance et retours d’expérience seraient libres d’accès. Cet outil, prévu en open source, devrait accélérer la duplication des projets pilotes déjà testés dans les savanes du Pool.
Impact & solutions
Au-delà de la technique, la conférence a souligné l’impact social. En couplant biogaz domestique et mini-centrales solaires rurales, le Congo peut réduire les maladies respiratoires dues aux fumées et libérer du temps aux enfants, souvent chargés de collecter le bois.
Plusieurs start-up congolaises, dont EcoSun et BioCuvette, ont présenté leurs modèles d’affaires reposant sur la location-vente d’équipements. Leur ambition est d’arriver à la parité tarifaire avec le kérosène d’ici trois ans, grâce à des microcrédits adossés à des banques locales.
Les gains environnementaux attendus sont considérables. Moins de déforestation, diminution du méthane issu des décharges, amélioration de la qualité des sols : autant d’indicateurs suivis par le ministère de l’Environnement, partenaire de l’événement, qui envisage un tableau de bord national de la transition.
Comment y aller
Accessible par la route nationale 2, Oyo se situe à environ quatre heures de Brazzaville. La piste de l’aéroport Ollombo accueille des vols réguliers, tandis que la navette fluviale sur l’Alima offre une alternative pittoresque aux voyageurs préférant rallier la conférence par le fleuve.
À savoir
Le Centre d’excellence propose toute l’année des formations courtes en maintenance solaire, biomasse et mesure énergétique, homologuées par l’Université Marien-Ngouabi. Les inscriptions se font en ligne, avec des bourses destinées aux étudiantes et aux techniciens des collectivités rurales.
Cap sur demain
En quittant Oyo, les participants repartent avec des feuilles de route claires et l’espoir d’ancrer une transition énergétique véritablement africaine, bâtie sur la solidarité scientifique et le potentiel infini du soleil, des déchets organiques et du génie créatif congolais.





