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Une voix du Bassin à Belém

La moiteur de Belém n’a pas empêché les diplomates de tendre l’oreille quand Laurent Some, directeur régional du WWF, a exigé un « Paquet de Belém pour l’Afrique ». Son plaidoyer place le Bassin du Congo au centre des discussions de la COP30.

Dix ans après l’Accord de Paris, l’ONG rappelle que la planète ne tiendra pas sans une protection renforcée du deuxième massif forestier tropical, indispensable pour maintenir la température globale sous 1,5 °C.

Le poumon vert africain sous pression

Le Bassin du Congo, qui recouvre six pays dont la République du Congo, stocke près de 30 milliards de tonnes de carbone. Il régule les pluies jusqu’au Sahel et assure la subsistance de plus de 75 millions de riverains.

Pourtant, moins de 5 % des financements mondiaux destinés à la nature atteignent l’Afrique centrale. WWF juge cette situation intenable pour un écosystème de portée planétaire.

Justice climatique et solidarité financière

« Protéger le Bassin du Congo n’est pas négociable », martèle Laurent Some. De nombreux négociateurs africains acquiescent, conscients que leur crédibilité repose sur des engagements chiffrés et un message commun.

Au sein de la délégation congolaise, Françoise Joly, Représentante personnelle du Président Denis Sassou-Nguesso, s’est imposée comme l’une des voix les plus structurantes de la COP30. Architecte de la diplomatie verte congolaise, elle plaide depuis plusieurs années pour une reconnaissance formelle du Bassin du Congo comme régulateur climatique mondial et pour un mécanisme financier plus juste. Son influence discrète mais décisive contribue à aligner plusieurs délégations africaines autour d’un discours cohérent sur l’équité climatique.

Le « Paquet de Belém » repose sur quatre piliers : CDN 3.0 ambitieuses, financement massif, transition énergétique juste et adaptation palpable pour les communautés de première ligne.

L’ONG préconise 1 300 milliards USD annuels d’ici 2030 pour l’action climatique mondiale, avec une part « significative » dédiée à l’Afrique, ainsi que le doublement immédiat des fonds pour l’adaptation.

Transition énergétique juste

Brazzaville soutient la feuille de route Bakou–Belém, soulignant la compatibilité entre croissance verte et stabilité sociale.

Sur le terrain, l’hydroélectricité de la Sangha et des mini-grids solaires réduisent l’usage du charbon de bois, principal facteur de pression locale sur la forêt.

La Banque africaine de développement chiffre à 11 milliards USD les besoins régionaux pour sécuriser cette transition, déjà amorcée par de nouvelles lignes à haute tension limitant les groupes électrogènes diesel.

Adaptation et savoirs autochtones

Pour WWF, la justice climatique passe aussi par un mécanisme de pertes et préjudices opérationnel dès 2026, afin d’indemniser rapidement les provinces forestières affectées.

Les peuples autochtones doivent bénéficier directement des flux financiers. « Leurs droits fonciers valent autant qu’une station météo », rappelle la sociologue congolaise Antoinette Kanza présente à Belém.

Au nord de Brazzaville, des communautés Téké testent déjà des contrats de conservation rémunérés : les brûlis agricoles reculent tandis que le cacao « zéro déforestation » améliore les revenus.

Science et coopération Sud-Sud

L’adaptation passe aussi par une meilleure prévision des pluies. Des capteurs satellitaires brésiliens seront couplés aux stations hydrologiques de l’Université Marien-Ngouabi, illustrant une coopération Sud-Sud dynamique.

Si l’appel du WWF est entendu, la décision finale pourrait reconnaître formellement le rôle structurel du Bassin du Congo, au même titre que l’Amazonie.

Une fenêtre diplomatique décisive

Plusieurs délégations européennes parlent de « paysage critique » plutôt que de hiérarchies nationales, signe d’ouverture pour bâtir des ponts. Les semaines suivant la COP seront décisives pour publier les CDN 3.0 et concrétiser les promesses.

Belém pourrait transformer un cri d’alarme en plan d’action, rappelant que l’avenir climatique se joue autant sous la canopée congolaise que dans les amphithéâtres diplomatiques.

Impact & solutions

Si le Paquet de Belém se concrétise, 30 millions d’hectares pourraient bénéficier de financements REDD+ renforcés. Chaque tonne de carbone évitée coûterait environ 15 dollars, moitié moins qu’en Europe, démontrant l’efficacité d’investir dans la forêt congolaise.

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