| Climat

Dans les forêts du bassin du Congo, les arbres tombent plus vite que les chiffres ne les comptent. À Brazzaville, des experts ont décidé d’inverser ce silence statistique. Cinq jours durant, ils ont tenté de donner des yeux mesurables à une nature sous pression.

Brazzaville, capitale d’une comptabilité verte

Du 23 au 27 mars, les six États de la CEMAC se sont retrouvés dans la capitale congolaise. Cameroun, République centrafricaine, Congo-Brazzaville, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad partagent le même poumon forestier. Ils partagent aussi la même angoisse devant son érosion.

L’enjeu paraît technique, presque aride. Il touche pourtant au cœur du vivant régional. Sans données fiables, impossible de mesurer une forêt qui recule, un sol qui s’épuise, un climat qui se dérègle. La sous-région avançait, jusqu’ici, à l’aveugle.

Des menaces qui s’additionnent

La déforestation accélérée n’agit jamais seule. Elle s’accompagne d’une dégradation des sols et d’une pollution diffuse. Ensemble, ces pressions amplifient les défis du changement climatique. Le bassin du Congo, deuxième massif tropical de la planète, encaisse ces coups silencieux.

Face à cela, l’atelier de Brazzaville a validé de nouveaux outils d’autoévaluation. Ces instruments doivent permettre à chaque pays de jauger lui-même la qualité de ses statistiques environnementales et climatiques. Une manière de transformer l’alerte en mesure, et la mesure en décision.

Une architecture à bâtir

« Vous avez posé les jalons d’une architecture statistique environnementale robuste », a salué Nicolas Beyeme Nguema, commissaire de la CEMAC. La formule dit l’ambition autant que le chantier. Car l’édifice reste largement à construire, pierre après pierre.

Le diagnostic posé par les experts est sans détour. « Les données ne sont pas centralisées », ont-ils reconnu. Chaque ministère, chaque institution conserve ses propres chiffres, sans dialogue. Cette dispersion rend toute comparaison régionale fragile, voire impossible.

Du tableau aux territoires

Pour combler ce vide, les participants ont tracé une feuille de route concrète. Les États sont invités à finaliser leurs fiches d’autoévaluation et à mobiliser des financements pour la collecte de données sur le terrain. Sans moyens, l’outil le plus fin reste lettre morte.

Le second levier relève de la gouvernance. Les experts plaident pour une coordination interministérielle renforcée et l’organisation d’ateliers nationaux. Il s’agit de créer un cadre de concertation entre acteurs souvent cloisonnés, afin de produire des statistiques fiables et comparables.

Compter pour mieux protéger

Derrière le vocabulaire des fiches et des indicateurs se joue une bataille très concrète. Une forêt que l’on mesure mal se défend mal. Un sol dont la dégradation échappe aux registres continue de s’appauvrir dans l’indifférence des bilans officiels.

L’initiative de Brazzaville mise sur une conviction simple. La protection commence par la connaissance. En harmonisant leurs méthodes, les six pays espèrent parler enfin un langage commun face aux bailleurs, aux chercheurs et aux négociations climatiques internationales.

Reste à transformer l’élan d’un atelier en habitude durable. Les fiches devront être remplies, les budgets débloqués, les ministères reliés. Le bassin du Congo, lui, n’attendra pas. Chaque saison sèche rappelle l’urgence de savoir, pour pouvoir agir.

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